JEANNE BLOCH ÇA C’EST DE LA FEMME !

Jeanne Bloch (1858-1916), fut – au deux sens du terme, – la plus grosse vedette de la chanson 1900.
Son caractère comique exceptionnel lui valu une énorme popularité dans le genre très particulier qu’elle amenait avec son talent.
Elle fut surnommée «Tanagradouble», «La Kolossal Chanteuse» ou «Bibendum».
Elle en riait, car Jeanne Bloch, ça c’est de la femme!
Que son nom s’écrivent Bloch ou Block, il se prononce «Bloque»
Elle aurais été fort étonnée de savoir qu’il aura fallu attendre 2015 pour qu’elle ai un Wikipédia ! Elle qui fut une étoile si populaire de la belle époque est aujourd’hui bien oubliée…

Pourtant dans son numéro de Noël 1908, le très à la page «Paris qui Chante» utilise un magnifique dessin de Daniel de Losques qui représente une longues procession des plus grandes vedettes de la chanson. En tête de file il y a Dranem, suivi de Mayol et Polin. Jeanne Bloch est juste derrière, il est donc fort probable que tous comme ces trois lascars, elle aient été filmé par Alice Guy ou autres, à l’occasion d’une phonoscène. Et que l’on ai un jours l’occasion de la voir, et surtout de l’entendre ! Car figurez vous que cela soit par disque ou cylindre, on ne connaît aucun enregistrement de la boulotte diva.
A la page 308 de l’édition original du livre de 1931: «Le spectacles à travers les âges», dans la parties consacré aux cafés-concerts, on trouve ces lignes d’ H.G. Ibels, un célèbre illustrateur, et caricaturiste de la belle époque. Cette fois il écrit sur le spectacle 1900 :
Et tout de même nous avons vu ça ! Nous avons vu une grosse mère, un tas, un bloc, comme on dit, coiffer sur l’oreille, le képi galonné du général, passer une revue imaginaire, cravache en main, et prononcer les scongneugneu du trop célèbre Ramolot… Le municipal et l’agent de service dans la salle, comme le pompier sur la scène, se tordaient de rire, ainsi que le public. Voilà qui est Imbécinal ! Phénoménal ! Pyramidale !

Ibels parle assurément de Jeanne, il l’a connais bien, et l’apprécie assez pour l’avoir dessiné à plusieurs reprise. Il faut bien reconnaître qu’elle était un sujet de choix. Jeanne Bloch c’était une artiste qui ne passait pas inaperçu. On lui attribue un slogan publicitaire capable de dérider une huître : Jeanne Bloch ! 1m 60 dans toute les directions !

Jeanne Bloch un caractère comique de 110 kilo.**
Elle devais être sûrement plus légère quand était née en 1858 à Paris, Ses parent on un modeste commerce d’optique, place des Voges.
Elle a au moins deux soeurs, Fanny (1863-1956) et Doralys ( ou Dorelys ) qui seront elles aussi chanteuses, mais de moindre envergure.

Doralys sous le nom de Blockette, – une gentille brunette qui chantait les «dictions» ( c’était la formule ) et jouait les ingénues dans les pièces. – Elle créera, entre-autres. :«Le Bon Gendarme», «V’la les Bleus qui passent»,«La Marche des Ouvrières»,«La revanche des Femmes» et «Le Sergot Amoureux.» Toute à la Scala.
Après la mort de Jeanne, une Rachel Bloch sera engagée par Henri Varna pour jouer aux «Bouffes-du-Nord». On trouve ces lignes dans «La Rampe» du 1 décembre 1918:
«La Colonelle Pif! Paf!» C’est Mlle Rachel Bloch qui n’a point encore l’ampleur et la fantaisie de sa sœur – de celle qui fut la désopilante Jeanne Bloch – mais montre cependant sous les traits de l’effervescente colonelle, une bouffonnerie plaisante.
Jeanne a aussi un frère cadet, – R. Bloch – celui-ci fera aussi du spectacle, et se fera connaître en créant l’étonnant personnage transformiste de Stiv-Hall, spécialiste en imitation féminine, un homme protée, une Drag Queen avant l’heure.
Le grand Paulus, qui l’avait engagé lorsqu’il dirigeait le Bataclan, le cite dans ses mémoires:
Bataille vint me donner la première de sa «Lysistrata», avec tous les Bloch, Jeanne, Blockette et Stiv-Hall.C’est ce dernier qui faisait l’imitation d’Yvette Guilbert, de façon si remarquable, adroit, intelligent, observateur, il avait attrapé la grande artiste: voix, allure, toilette, visage, c’était à s’y tromper.
( En faisant mes recherches, j’ai découvert que Jeanne avait une homonyme, elle aussi chanteuse :
Mlle Jeanne Bloch, 1er accessit du concours de chant, élève de M. Isnardon. C’est dans «La Presse» du 24 juillet 1906, et cette autre Jeanne Bloch qui aurais alors 25 ans 4 mois serait donc née en 1881, quelques 23 ans après notre chanteuse comique vedette. Il semblerait qu’elle soit devenue directrice d’un théâtre à Paris.
«L’Univers Israélite» du 16 janvier 1920 annonce l’Inhumation de Mme Camille Bernheim, née Jeanne Bloch, 37 ans, 4 avenue d’Eylau.)
La «vrais» Jeanne Bloch, a raconté elle-même ses début, dans le magasine «Fantasio» du 15 novembre 1907 :
Pas plus haute qu’une botte de garde municipal, je connaissais tous les refrain de la rue et du concert et je les roucoulais du matin au soir à la maison où j’épatai les parents et les amis. Comme j’étais timide, je me blottissais sous la table pour chanter, c’était là ma scène et je m’y tenait debout. C’est dire si j’étais petite, hein !… Quoi ? vous avez l’air de penser que je n’ai guère changé ?… Si, monsieur !… Seulement comme je n’aime pas faire comme tout le monde, j’ai grandi… en largeur. Non, je ne fais pas comme les autres, mais j’adore les imité parfois. Étant toute gamine, dans un petit théâtre, j’ai imité Thérésa, dans la Chatte Blanche, ( On pouvait déjà deviné que plus tard je pourrais singer Sarah Bernhardt, Coquelin, Yvette Guilbert, et vingt autres, de la façon que l’on sait. )
Un jour, Déjazet, La grande Déjazet, ayant entendu parler de moi, voulut voir le petit prodige et m’engager dans son théâtre, un matin, pour jouer un petit rôle le soir même. Ah! il ne me fallut pas beaucoup de temps pour apprendre ! Je savais tout par intuition, sans avoir jamais rien appris.
Déjazet, enchantée de sa petite pensionnaire, me prend sur ses genoux et me dit de lui chanter quelque chose. Je m’exécute et je lui sert une imitation de… Déjazet, dans Monsieur Garat. Non! ce qu’elle m’a félicitée, embrassée, cajolée, tout en riant et en me faisant bisser et trisser ! Comme remerciement, elle m’a donné son portrait avec cette belle dédicace : «Tous mes voeux pour votre avenir.» prédisant mes succès futurs. Vous pensez si je garde précieusement un souvenir comme celui-là !
Depuis ce temps-là, j’ai fait du chemin, cherchant toujours à innover, à créer des types. Avant que les femmes aient songé à s’émanciper, j’ai chanté les femmes-avocates, les femmes-cochères, les femmes-soldats, je suis la précurseuse du féminisme, moi!… je le dis sans modestie… et puis, zut! pour la modestie!… c’est presque toujours de l’hypocrisie et je ne tiens pas cet article-là.
Mais aussi je suis une piocheuse et je les tripote, mes types, avant de les servir au public dont le rire me paye de mon travail. Et il rit pour de bon allez!… et je suis devenue une bienfaitrice de l’humanité. Pas besoin d’écarquiller vos quinquets épatés, mon petit Fantasio, je le répète: une bienfaitrice de l’humanité!
Quand je pense qu’il y a encore un tas de naïfs, malade du foie, atteints de neurasthénie, ayant la jaunisse à force de broyer du noir, et qui vont faire des cures pour extirper le chiendent de leur existence, en buvant des eaux qui sentent l’oeuf hors d’âge!… Au lieu de venir tout bonnement me voir! Car j’ai des cures merveilleuses à citer à l’appui de ce que je dis!

Jeanne commence donc enfant sa carrière sur les planches, au coté de la grande comédienne Virginie Déjazet, et en quelque sorte, parrainée par elle. Elle continue à interpréter des rôle d’enfant, une photo, l’a représente à l’âge de sept ans, dans ce qui ressemble à un costume de Sablaise. Elle commence a avoir une bonne réputation dans le genre bouffon.
En 1870, La guerre Franco-Allemande, et la perte de l’Alsace et la Lorraine suite à la défaite française de Seudan, marque plus la jeune enfant de onze ans, que l’avènement de la troisième république.
Après la guerre, le monde du café concert connaîtra un fort surcroît de popularité.
Théresa, sa première vedette, annonce un âge d’or, Jeanne bouillonne d’y participer. Elle a beau chanter et être apprécier partout où elle trouve un engagement, Ce n’est pas encore une étoile qui rayonne à travers ses petit formats, ces ancêtre du disque, qui permettais à ses créateur de voyager par procuration et d’accéder à une certaine renommée. Elle n’est pas encore assez connue pour que l’on écrivent pour elle de nouvelle chanson, qu’elle se ferait pourtant un vrais plaisir à créer sur une scène à la mode. Jeanne est impatiente d’occuper l’espace.

En 1876, elle a 18 ans et vas avoir sa chance avec Eloi Ouvrard, qui faisait alors dans le genre comique paysan. Il a un nom dans le milieu, et il est à la recherche d’une partenaire pour interpréter un duo. Il demande à Jeanne qui accepte, de chanter avec lui.

«J’sons cousins germains» un duo rustique, créé par M. Limat et Mlle Nancy à l’Alcazar d’Hiver et chanté par M. Ouvrard et Mlle Bloch au XIXéme Siècle, une petite scène de la rue du Chateau-d’Eau, à Paris. :
(Thomas): C’ qui m’ plait l’ pus dans sa petit’ frimousse,
C’est l’argent qu’ en dot elle aura.
(Ursine) : C’ qui m’ séduit l’ pus dans c’ gaillard-là
C’ est qu’ il a tout plein de c’ qui s’ pousse
(Thomas) : Ca n’ l’ empèch’ pas d’ être un’ bell’ fille !
(Ursine) : C’est tout d’ même un gas ben portant !
Il est bel homme et ça s’ comprend :
J’ sons tous comm’ ça dans not’ famille
C’est à cette époque que débutait Jeanne Bloch au concert.
Une Jeanne Bloch, déjà potelée du haut en bas, dans des proportions appétissantes, chantant et jouant avec le diable au corps.
Elle porte de préférence la jupe courte qui lui permet de ne pas trop cacher une jambe faite au tour, que le plus difficile des statuaires tiendrais à se payer comme modèle de quelques bâcchante.*

Eloi Ouvrard, (1855-1938) n’a, tout comme Jeanne, jamais enregistré de disque ou autre cylindre, mais, ce chanteur de caf-conc’, en plus d’avoir créé le très populaire genre des «Comique Troupier,» a aussi fait, sur le tard, du journalisme, et a écrit deux livres fort intéressant sur le café concert. Dans le deuxième, «Elle est toute nue ! La vérité sur la vie des coulisses» paru en 1929 on y lis ceci :
Enfin nous avons eu Jeanne Bloch, La grosse Bloch, disait-on d’elle couramment. Comme exubérance elle était un peu là ! Je me trouvais avec elle au XIXe Siècle, dès mes début à Paris, elle avait alors 18 ans, elle était encore fluette, mais déjà sa fougue était intarissable ! Toutes les semaines nous avions à jouer ensemble une petite pièce qu’il fallait changer tous les samedis. (Vous parlez d’un boulot). Mais ces piécettes dont les données ne variaient guère, finissaient toujours par un mariage, de sorte qu’après cinq saisons d’hiver au XIXe Siècle, nous nous étions bien mariés six ou sept cent fois… en scène, bien entendu.
Par exemple, comme partenaire, elle était terrible ! Lorsqu’on trouvait un effet scénique, il était rare qu’elle ne s’en empara pas illico et… et le lendemain soir… c’est elle qui le servait ! De nos jours, les professionnels ne s’arrangeraient peut-être pas très bien de ce système, mais de mon temps, la camaraderie était telle, que tous ces détails s’aplanissaient … en famille ! La victime en riait autant que l’accapareur ! Je me souviens même qu’à cette époque j’avais mis la main sur «Les Bidars», très gros succès que me valait une chanson de mon camarade Mathieu. Jeanne Bloch en maigrissait…(ce qui était dommage). «C’est pas moi», gémissait-elle, «qui aurait jamais la veine de tomber sur une machine comme ça !» Est-c’qu’on peut savoir ?… lui répondis-je.
Et trois jours après, elle chantait avec moi «Les Bidards» que, pour sécher ses pleurs, j’avais arrangé en duo !

Jeanne accède enfin à la notoriété. Toujours aux XIXème Siècle, elle vas créer «Amour et Charcuterie» une chansonnette écrite par Georges Dorfeuil, sur une musique de Victor Robillard.

Suite à ça, elle se fait engager à la très courue Scala de Paris, où elle restera longtemps. Elle commence par y chanter «Les Poires.» une rengaine comique créé par Bourgès :
En débarquant d’ la Haut’ Loire,
Pour voir mon oncle à Paris,
Comm’ j’ passais ru’ d’ la Victoire,
V’ la qu’ j’ entends pousser ces cris !
Reluquez-moi donc c’ te poire !
Qu’ il est chouette ! qu’ il est beau !
Oh ! Oh ! Oh ! Oh !
C’est ta poir; Ta poir; Ta poire;
C’ est ta poire qu’il nous faut;
C’est ta poir; Ta poir; Ta poire;
C’ est ta poire qu’il nous faut !

Le style d’Aristide Bruant commence à être connu, Pour être dans le vent, Jeanne vas chanter «Boulevard Sébasto» une chanson réaliste écrite tout spécialement pour elle par J. Veda sur une musique de Rachel Block :
Elle avait l’coeur si mignon,
Qu’ell’ gagnait beaucoup d’ pognon,
Elle frayait sur la dalle,
Près des Halles
Quand ell’ voyait trop de gonzesses,
Et qu’ i fallait du fricot,
Elle allait trainer sa graisse,
Boulevard Sébasto,
Boulevard Sébasto.
Jane Avril, une des figures les plus mythique du Moulin Rouge, la cite dans ses fameuses «mémoires» parmi les vedette de l’époque : La grosse Jeanne Bloch, comique populaire et naturaliste.

Un autre de ses succès de la Scala, entre 1882 et 1886 sera une chanson-marche écrite par A. Poupay, sur une musique d’ Emile Spencer : «La Marche des Séminaristes.» ( Texte intégral ) :
Braves enfants du séminaire
Le jour enfin est arrivé
De porter l’ habit militaire
Et la bayonnette au côté
N’ oubliez pas qu’ à la caserne
La soutan’ n’ est pas de saison
Et qu’ un enfant de la giberne
Doit avoir du poil au menton
( Refrain ) : Allons séminaristes
Ne soyez pas si tristes
Portez l’ flingot cran’ ment
Avec le sac et l’ fourniment
La France vous appelle
Et vous offre un’ gamelle
Votre Dieu maintenant
C’ est le drapeau du régiment
Ne conservez pas la tonsure
En arrivant au régiment
Car dans les plis d’ la couverture
Vous danseriez certainement
Si par leurs chants, vos camarades
Effarouchaient votre pudeur
Prenez part à leur rigolades
avec eux, chantez tous en coeur
( Refrain )
Au lieu d’ réciter le bréviaire
Tous les matins au saut du lit
Courez droit chez la cantinière
Vous dérouiller un brin l’ fusil
En dehors de vos exercices
Dans vos ballades d’agrément
Reluquez les belles nourrices
Sur le bibi du bout du banc
( le « Bibi du bout du banc » était à l’époque le gros succés d’ouvrard ! )
( Refrain )
Si par erreur dans le service
Vous attrapiez huit jours de clou
Allez à la salle de police
Sans vous faire de bile après tout
Vous y ferez, non sans scrupules
La connaissance de Thomas
Et vous pourrez adorer Jules
Le grand bénitier des soldats
( Refrain )
Au bout de l’an réglementaire
Vous rentrerez dans vos foyers
Fort bien guéris du séminaire
Et jeune fill’s vous épous’ rez
Alors travaillants pour la France
Vous bâtirez des petits gas
Qui seront un jour l’ espérance
De la patrie dans les combats
( Refrain )

1882. Le 5 mars dans «La Lanterne»:
Ce soir au concert de l’Époque, 10 boulevard Beaumarchais. Représentation extraordinaire au bénéfice d’un artiste, avec le concours de MM. Reyar, Duhem, Nicol, Guichard, Michelle, Sémelé, Mlles Jeanne Bloch, Alida Perly.
1885. le 24 mars dans «Le Figaro : journal non politique» :
Scala. – 7h.1/2,concert. – MM. Bourgès, Libert, Arnaud, Réval, Mmes Amiati, Jeanne Bloch, Numa, Dalbert, Châlon. – Les Dames Viennoises. – «La Soirée périlleuse», pièce en un acte,-Matinées les dimanches et fêtes.
1885. Le 14 mai dans «La Liberté»:
C’est hier soir mardi qu’est rentré au concert de l’Horloge le jovial comique Bourgès, précédant de deux jours la rentrée de Libert, le pschutteux sans rival. …
A bientôt aux Champs-Elysées, la rentrée de Mlle Jeanne Bloch, l’excellente comique.
1886. Le 19 juin dans «La Justice»:
Plus que jamais la vogue de l’Horloge s’accentue, et l’incertitude du temps à justifié sa toiture mobile qui abrite un millier de fervents admirateurs de Bourgès et Libert, ainsi que du bataillon de jolies femmes interprétant les «Cocottes en pension».
Hier, débuts très heureux de Mlle Anna Bernier, et demain rentrée de Mme Jeanne Bloch.

«Les chansons illustrées» est une petite publication contenant cinq ou six chansons à la mode.
Le numéro 32 est orné d’un portrait de l’artiste en couverture, et d’un article à caractère bibliographique :
A travers les concerts.
Jeanne Bloch tient l’emploi des CHANTEUSES COMIQUES, au grand égaudissement du public.
C’est un DAUBRAY en cotillon. – Son rire éclatant, sa gaîtée esclaffante sonnent comme des cloches un jour de fête carillonnée.
Son portrait sans phrases ? -Un Rubens.
Signe particuliers: Des yeux diamantés, pétillants de joyeuse malice et follement ombragés par des cheveux opulents, d’un blond vénitien.- Rien des eaux blondissante S. G. D. G.: c’est nature, comme le reste. Du galbe, beaucoup de galbe.
Obéissant à la fièvre des anniversaires, Mlle Bloch pourrait fêter cette année son petit… trentenaire. – C’est «la belle âge». Célébré par Balzac, la saison des fruits savoureux, des fleurs épanouies.
Piétinant sur la tradition, Mlle Bloch a commencé par le théâtre avant d’arriver au café-concert, – Rare revanche de la chanson.
C’est sous le patronage de Virginie Déjazet, l’inoubliable diseuse de «La Lisette de Béranger» que Mlle Bloch fit ses premiers pas sur le théâtre qui porte encore aujourd’hui le nom de la spirituelle comédienne. – Grand sucés alors pour notre biographiée dans «La Fille mal gardée».
A partir de cette époque, l’amusante artiste excursionne en province, en compagnie de sa directrice :»De ta suite, j’en suis».- Revient à Paris.- Stationne un peu partout dans les coulisses parisiennes.- Fait escale au théâtre Saint-Pierre, un disparu.- Imite, pour rire un brin, l’inimitable Thérésa.- Met le cap sur le Vaudeville. – Brûle le Palais-Royal.- Stoppe au Gymnase.- Puis rentre «au sein de sa famille», sur l’air de : «Où peut-on être mieux ?» Aborde finalement le café-concert, tirant un pétard resté célèbre sous le titre de «Anastasie».
Notre Cigale chante l’été sous les ombrages des Champs-Élysées, en faisant gaîment passer l’heure à l’Horloge.- Fourmi prévoyante, elle prend ses quartiers d’hiver à la Scala, où, grâce à son expérience de la scène, elle triomphe dans les REVUES, et le public rit encore, «en revenant de la revues».
Ne dédaigne pas le petit mot pour rire :
Un jour, elle devait répéter un duo avec Chailler, dit le petit bossu parisien.
Ce Lagardère de la Chanson n’arrivait pas.
Enfin on le voit accourir, roulant sa bosse :
– Par quel chemin es-tu donc venu ? Lui demanda Bloch, tu es en retard de près d’une heure.
– Je suis venu tout droit, répond le virtuose de La la i tou.
– Alors ma vieille branche, dit Jeanne en caressant doucement sa gibbosité, on t’as changé en route !

En 1888, Jeanne à 30 ans, elle s’est fortement empâtée, et de façon irréversible. Il n’est plus question pour elle de jouer les ingénues, Ce qui serais pour beaucoup de ses consœurs un frein irrémédiable, à l’exercice de leurs profession, ne préoccupe pas Jeanne, elle s’en accommode aisément, elle a un atout dans sa manche : Une formidable nature comique !
On la retrouve au Pavillon de l’Horloge. Dans le journal hebdomadaire «La Diane» du 24 juin 1888 qui nous laisse ce précieux témoignage :
L’excellent comique Bourgès obtient chaque soir un nouveau triomphe, au concert de l’Horloge, dans son joyeux répertoire, «Les Piou-pious d’Auvergne» lui sont demandés par les spectateurs. Il est inutile de dire combien on applaudit.
La troupe de Mme Stein est d’ailleurs excellente, et son étoile, Mme Jeanne Bloch, fait pâmer les spectateurs, une de ses dernières chansons, «Les Sapins de Paris» a beaucoup de chances pour devenir populaire.
Le merveilleux site «Du temps des cerises aux feuilles mortes» nous fait découvrir un croquignolesque épisode hilarant de la vie de notre héroïne.
J’y ai personnellement prit un si grand plaisir à la lecture, que je m’en voudrais de vous en priver, je vous l’ai donc recopié. Il s’agit d’un article paru dans le numéro 59 des «Chansons Illustrées».
Pour bien comprendre cette amusante anecdote, je vous propose en guise de préambule un entre-filet:
1889. Le 2 septembre dans «La Liberté» :
Un incident à la Scala.
Un incident s’est produit hier soir pendant la représentation au concert de la Scala.
Une des artistes, Mlle Jeanne Bloch, s’étant permis de glisser dans une chansonnette une allusion à Mlle Pauline D…, qui se trouvait dans la salle, celle-ci s’est levée et lui a lancé de sa place une carafe et deux verres.
Une bagarre en est résultée, au cours de laquelle la police est intervenue, et a dû, pour faire cesser la tumulte, expulser Mlle D…
On parle d’un envoi de témoins entre les jeunes femmes.
Article des «Chansons Illustrées»:
A travers Paris-Concerts. Une Matinée a la correctionnelle.
Avec la troupe de la Scala, appelée à témoigner devant la 9e Chambre, on aurait pu organiser un très joli concert.
Il s’agissait d’ une de ces «causes grasses» qui sont la joie du Palais, en déridant jusqu’à messieurs les gendarmes.
Sous le titre de : Les indiscrétions d’une carafe frappée, le journal le Droit esquisse la silhouette de la demanderesse : «Mlle Jeanne Bloch, qui jouit d’ une certaine réputation parmi les habitués de la Scala, n’est pas non plus une inconnue pour les habitués des Chambres correctionnelles, qui se rappellent l’avoir vue jadis à l’occasion de je ne sais plus quel démêlé avec une autre artiste du même concert. L’ oeil un peu plus noir, La lèvre un peu plus rouge, les cheveux un peu plus blond, la taille un peu moins mince et le nez toujours aussi… parisien, la voici encore. C’ est toujours la même petite femme, habile comme pas une, parait-il, à lancer le refrain gaillard, et grandement indignée de l’ aventure qui, le 31 août, mit la Scala sens dessus dessous.»
Écoutons maintenant la plaignante :
– Je venais de chanter ma première chansonnette, j’ en était au troisième couplet de la seconde, quand, d’une loge occupée par Mlle B… et par M. M…, je reçus une pluie de bocks, verres et soucoupes. Finalement, une carafe frappée vint m’ inonder et me forcer à quitter la scène pendant une quinzaine. Une robe de 400 francs, vert et or, fut perdue sans retour, etc.
Et Mlle Jeanne Bloch réclame, contre la demoiselle B… et son amant, 10,000 francs de dommage-intérêt. – Bigre !
Dénouement : – Le tribunal a condamné Mlle B… à 100 francs d’ amende et à 800 francs pour les dommages.
M. M… dans les bonnes grâces duquel Mlle Bloch aurait précédé la délinquante, a été acquitté comme ayant été témérairement assigné; l’ adorée de naguère supportera les frais de son instance contre l’ infidèle.
– Oh ! les hommes, s’ écria Mlle Genève, ce sont eux qui ont fait les lois !
– Tout ça, ajouta Caudieux; c’est des histoires de femmes. — Mais la Scala n’en revient pas.
On en apprend un peu plus dans l’article, paru dans «Le Pays» du 30 octobre 1889:
Une chanteuse arrosée.
Il y avait joyeuse chambrée, Hier, à la neuvième chambre correctionnelle.
Toutes les jolies pensionnaires de la «Scala» s’y étaient donné rendez-vous, pour prêter main-forte à leur petite amie Jeanne Block.
«Petite» est employé ici comme mot d’amitié. Et tous ceux qui connaissent la nature… plantureuse de la désopilante divette ne s’y méprendront pas.
Jeanne Block était «partie civile», elle réclamait 10.000 fr. de dommage-intérêts pour l’agression dont elle a été victime, sur scène même de la Scala, le 31 août dernier.
Au moment où l’amusante chanteuse entonnait avec la voix de rossignol qu’on lui connaît, et en frappant à tour de bras sur les voluptueuses mappe-mondes de son corsage, le couplet suivant:
«Pour une femme, ça, c’est-z-une femme
………………………
«Mais ça, c’en est pas une!…»,
Elle reçut une avalanche de soucoupes de verres vides, et une carafe pleine d’eau frappée, et en même temps une voix de femme partant d’une loge d’avant-scène, lui criait:
– Ah! C’est pour moi que tu dis ça, mais je vais te montrer si je ne suis pas une femme…»
La dame chatouilleuse qui avait pris pour elle l’allusion du refrain est une demoiselle Pauline Bassier, qui se croyait en butte à la jalousie de Jeanne Block, parce qu’elle l’avait remplacée dans le coeur de son ex-amant. M. Georges Marchand, employé de commerce.
Georges Marchand, me semble, du reste, être un monsieur dépassant les bornes de la taquinerie permise, il affecte de se montrer en public avec sa nouvelle conquête dans tous les endroits où chante Jeanne Block.
Et il était encore, ce soir-là, dans une loge d’avant-scène, en compagnie de Pauline Bassier et d’une autre dame.
Et Jeanne Block eût-elle voulu lui décrocher un trait mordant à la fin de son couplet, que la chose me semble bien excusable, tant la vengeance est douce au coeur des femmes!
A l’audience la jolie Mathilde Doue et plusieurs gentilles camarades de Block prétendent, cependant, qu’elle a chanté sa chanson comme d’habitude, et sans vouloir narguer personne.
Écoutons maintenant la chanteuse, dont le petit nez «rigolo» semble dérider un peu le tribunal, présidé par M. Toutée.
«Cette eau glaciale, dit-elle, me tombant sur les épaules, m’a coupé la musette, net, j’ai interrompu ma chanson… les spectateurs en étaient baba.
Et puis j’étais trempée jusqu’aux os, je suis pourtant assez dodue, et pour arriver jusqu’à mes os, l’eau avait du chemin à faire.(On rit.)
Ma chemise était collée sur ma peau, et l’habilleuse a dû me changer des pieds à la tête.
Enfin, j’ai attrapé un gros rhume…
«M. le président». – Vous ne paraissez cependant pas trop faible de complexion?(On rit.)
Puis, la chanteuse énumère les dégâts causés.
Une robe de 425 fr. perdue, trois visites de médecin, 60, plus sept soirées pendant lesquelles elle n’a pas chanté, à 50 fr. par soirée, ce qui fait 350 fr.:coût 835 francs.
Mme Block avait assigné en police correctionnelle pour coups, blessures et injures, non seulement sa rivale, Pauline Bassier, mais encore son ex-amant Paul (sic) Marchand, comme complice.
Pauline n’a pas comparu.
Après plaidoiries de M. Lagasse pour Jeanne Block et de M. Doumerc pour Marchand, celui-ci a été acquitté.
Pauline Bassier a été condamnée par défaut à 100 francs d’amende et 800 fr. de réparations civiles.
– Et mon rhume? S’écrie Bloch en quittant l’audience.
«Le Tintamarre : critique de la réclame, satire des puffiste : journal d’industrie.» le 7 juin 1891 :
Jeanne Bloch de la Scala, obtient tous les soirs un succès sans précédent aux concerts d’été de l’Elysée-Montmartre.

Elle retourne ensuite chanter à la Scala.
«La Revue diplomatique» du 12 septembre 1891 :
La Scala encaisse chaque soir le maximum. Bourges, le comique populaire par excellence, y obtient, dans «La Marche des Pêcheurs à la ligne,» sa dernière création, un véritable triomphe qu’il partage, d’ailleurs, avec la désopilante Jeanne Bloch, toujours acclamée.
Jeanne Bloch vas enchaîner les créations, gentillette ou provocantes, mais toutes résolument comique :

«Quand on vient de se marier» Paroles de Léon Garnier, musique de Stretti.

«Souvenir Nuptial» Paroles Delattre – De Nola, musique de Emile Spencer.

«La Moutarde à ma Soeur!» paroles de Rimbault & Desmarest, musique de Léopold Gangloff.

«Ou ça?» paroles de Maxime Guy & G. Lemaître, musique d’Emile Bouillon.
«Les amants de Charenton» 1879 Paroles de Villemer & Delormel, musique Emile Girard. ( créée au Pavillon de l’Horloge)
«La Marche Conjugale» paroles de A. Poupay, musique d’Emile Spencer.
«La Gueule» Paroles de Léon Laroche, musique de L. Guéteville.
«Ah ! que mon cor me fait souffrir !» 1879 Paroles de Georges Dorfeuil, musique de Victor Robillard.
«En Bicyclette» Paroles de A. Poupay, musique de Emile Spencer.

«Elle a sa trompette ! ( ou : Il n’y a plus de grelot )» Paroles de Marchal, musique de Emile Spencer.
«Ah ! Quelle andouille !» Paroles de Laroche & Marcel, musique de Louis Byrec.

«Les troupiers amoureux» Paroles de Rimbault René de la Croix Rouge, musique de Emile Spencer.
«La Marche des Séminariste» Paroles de Poupay, musique de Emile Spencer.

«La Fête de la Rouquine» paroles de L. Maillot, musique de Rachel Bloch.
«A la Pépinière» 1885 Parles d’Emile Carré, musique d’Abel Queille.

«Les j’menfoutistes» Paroles de Poupay, musique de Emile Spencer.

«Supprimons-les !» Paroles de Garnier & Balador, musique de L. Delormel.

«Un mari complaisant» Paroles de A. Poupay, musique de Emile Spencer. ( créée a Parisiana )

«En avant les chevaux d’bois» paroles de C. Bénédic & E. Langlois, musique d’Emile Spencer.
«Ah quel Guignon !» 1895 Paroles de Louis Michaud, musique de Camille Martin.

«Les Gros Bedons» paroles de A. Poupay, musique d’Emile Spencer.

«La Noce des Nez» Paroles de Léon Laroche, , musique de Emile Duhem.

«La Vocation de Pétronille» Paroles de Garnier et S, musique de Delormel.

«Cà c’est z’un femme !» Paroles de Bessière et Bural, musique de Albert Petit. ( créée à l’Eldorado.)
Jules Lemaître n’est pas tendre avec les artistes de café concert, quand le 28 septembre 1891, il publie un article du «Journal des débats politiques et littéraires» :
J’ai retrouvé là Mlle Blockette, une brunette canaille comme un saladier rouge, qui chante «Belleville et Ménilmontant» d’Aristide Bruant, M. Maurel, un diseur d’un sang-froid divertissant, à l’articulation irréprochable ( sa chanson sur l’infortunée «Madame Camus» est d’une gaieté de «massacre» forain,) cette boule roulante et tumultueuse qui a nom Jeanne Bloch, M. Caudieux, une bonne figure, un bon rire de mastoc, une jovialité d’hippopotame, Mlle Anne Thibaut, la Judic de l’endroit, une belle blonde endormie, d’une distinction languissante, la brune Paula Brébion, d’une douceur de brebis, en effet, et qui brébionne des chansons sentimentales et rustiques, et Libert, vous savez ? le Monsieur aux cheveux roses, joufflu, essoufflé et sifflant, la propre image en baudruche de l’Ahurissement immobile.
En août 1892, le journal «La Fraternité» nous livre un portrait d’artiste consacré à Fanny Bloch, une des soeur de Jeanne, qu’Alexandre Dréville, a été interviewer. C’est un peu hors de propos, ça ne parle pas directement de Jeanne, mais assez savoureux et plutôt pittoresque :
– Quel âge avez-vous, chère Madame ? hasardons-nous avec une audace que nous n’avons que pour «La Fraternité.»
Cinq grosses minutes de confuse hésitation… Mettons vingt-trois ans et n’en causons plus.
Elle débute aux Folies-Dramatiques dans «La Fille bien gardée,» si brillamment, qu’elle est aussitôt demandée par la Comédie. Elle n’accepte point l’offre, préfère ouvrir le concert des Folies-Rambuteau et passer ensuite au Concert-Parisien. Je ne vous citerai pas ses créations, il suffit de mettre le nom de Bloch à coté d’une chanson pour en soupçonner le genre et l’esprit.
Elle aspire maintenant au théâtre. Oh ! les jolis rôles de soubrettes dont ses rêves sont illuminés ! Accorte et court vêtue, la voyez-vous trottinant par la scène, son petit tablier de dentelles fendant l’air de son blanc sillon, le nez retroussé, la lèvre idem, et de sa voix grasseyante lancer, gouailleuse, quelque réplique effrontée : « Madame, c’est Monsieur qui attend !» ou bien encore : « Madame, il y a là, sous le balcon, un vieux monsieur qui nous regarde !» et la salle se tordait, parole d’honneur !
En soubrette fin de siècle, non contente de son intérieur de grisette, elle voudrait un hôtel coquet dans la plaine Monceau, un amour d’hôtel Renaissance, grand comme un carré de papier. Et, pour faire place à d’autres, elle quitterait le théâtre : zut pour les planches, la rampe, zut pour Messieurs les auteurs et leurs délirantes productions ! Elle se laisserait vivre, bêtement, roulant voiture…
Ses yeux noirs papillotent comme un éclat de soleil, ils semblent vouloir amorcer les coureurs ou subjuguer les poètes perdus et éperdus dans leur insondable profondeur. Ses cheveux sont châtains.
A la ville, elle préfère le sombre, les toilettes discrètes qui la font plus mince et dissimulent un peu son opulente carrure. Elle n’aime que le rose à la scène.
Sa gorge est violente, sa poitrine, forte comme celles de certaines filles des champs de mon pays, craque effrontément le corsage.
Elle cause timidement, par saccades, un peu effrayée de ma présence. Son geste est alerte, vivace et «gymnasiant.»
En fait de lectures, ne parcourt que ses rôles. se lève à 9 heures, s’occupe de sa toilette jusqu’au déjeuner, et passe le reste de son temps aux répétitions.
Elle ne dîne jamais, – elle soupe.
Tour de taille : 56. Chausse 34 – deux points en plus que Doralys.
Ses fleurs : la rose thé, le lilas blanc et la violette. elle aime le linge fin, les bas de soie fort ajourés.
– «Dites que je suis bien sage, me minaude-t-elle, que j’adore la vie régulière.»
Un penchant pour les pêches… quand elles sont grosses. Sa passion : le chocolat.
Elle ne peut souffrir ni les hommes ni les femmes : les hommes sont trop menteurs, les femmes sont trop méchantes. « Si j’avais à me venger, je le ferais avec ma langue !» (textuel). Fi ! la petite vipère !
D. – Êtes-vous passionnée ?
R. – Oh ! oui !!
C’est une ennemie acharnée des affiches en couleurs, envahissantes. – «Cela salit les murs, c’est vulgaire et vilain.»
Elle voudrait une rente… assurée. N’a guère confiance qu’aux papiers et tient les promesse pour l’eau bénite de cour. Elle possède, en certains endroits discrets, quelques grains de beauté… que je n’ai pas vus. Sa grâce est affable, câline. Elle doit se pâmer aisément de rire.
Son tout forme un je ne sais quoi d’original et de piquant, que la femme a seule à Paris, qu’elle soit lorette ou comédienne, bourgeoise ou noble douairière.
Revenons à Jeanne, qui continue d’enchaîner les succès à la Scala :
«Un Mariage à bout portant» en mars 1892, avec Anna Thibaut.
La Revue diplomatique : politique, littérature, finances,… le 3 septembre 1892 :
La Scala a fait jeudi une très heureuse réouverture.
La troupe est d’ailleurs, excellente. … on a également applaudi … Jeanne Bloch, plus en verve que jamais.
«La Revue Mondaine illustrée» du 25 novembre 1892 :
Grand succès à la Scala avec «Mon Camarade» le désopilant vaudeville de MM. Bataille et G. Sermet (musique nouvelle de M. Patusset).
L’inimitable Jeanne Bloch y remporte chaque soir un véritable triomphe dans sa chanson du «Municipal» et puis on y voit un bataillon de jeunes misses, bataillon des plus suggestifs en tête duquel marche la délicieuse Mlle Larrive, une élève dont plus d’un, je gage, voudrait bien être l’heureux professeur.

Ph. de Bois-Roger a écrit dans «La Revue Mondaine illustrée» du 15 avril 1893 :
Succès éclatant à la Scala avec la parodie de MM. Bataille et Sermet, une «Lysistata,» très amusante, très osée et très applaudie. le piment du dialogue est arrosé par Patusset d’un hydromel musical charment, et l’ensemble a fortement régalé l’assistance.
Depuis bien longtemps, nous n’avions vu de si splendides costumes dans un concert. Tous ces péplums en mousseline de soie – combien léger et élégants ! – toutes ces cuirasses d’Athéniens de Montmartre sont d’un effet exquis et sortent des ateliers Landolff.
Mlle Jeanne Bloch mêne la pièce avec Libert de magistrale façon. Mlle Stéphani et M. Maurel sont très divertissants en amoureux sans expérience, et l’on voit un bataillon de dames et de courtisanes athéniennes, qui fait penser aux meilleurs salons de Paris.
Parions qu’il y en a pour cent représentations.

Sur le plan personnel, j’avoue ne pas savoir grand choses de Jeanne Bloch… avais-elle un amoureux ?
On a vu qu’elle aurais été la maîtresse de Georges Marchand, l’employé de commerce.
Es-t-elle «sortie» avec Ouvrard puis avec Bourgès ?
Elle avait en tout cas, sûrement des amis, et bien évidement de la famille, d’ailleurs, elle habite avec son frère, avec lequel elle travail parfois, le transformiste Stiv-Hall, 2 rue Albouy à Paris.
Elle joue aussi parfois avec une de ses soeur comme nous l’apprend «Le Mirliton» d’Aristide Bruant le 4 août 1893 :
Havre. Folies-Bergères. «Lysistata» est arrivée à sa 30 représentation et vas quitter l’affiche après avoir obtenu un vrais succès, dû surtout à l’interprétation, Jeanne Bloch nous quitte donc pour aller jouer ce même rôle à Marseille avec sa soeur Dorelys.
2 décembre 1893 «Le Journal»
A la Scala. «Paris Qui Rit» ( Revue de l’année)
Le ravissant théâtre-concert de la Scala a convié hier soir, la presse à assister à la première représentation de sa revue de l’année : «Paris Qui Rit» deux actes et quatre tableaux de MM. B. Lebreton et Henry Moreau.
La commère de la revue est Mlle Stelly, une ravissante personne, qui remplit son rôle aussi bien que son costume, et ce n’est pas peu dire. Elle lance la trait dont son émaillés ses nombreux couplets, avec une verve endiablée. Le compère, c’est Polin, il est charmant, Polin, avec son regard naïf, ses gestes habilement empruntés, et sa joyeuseté communicative, C’est un comédien et un bon.
Devant les quatre tableaux dont se compose «Paris Qui Rit», j’ai applaudi, avec toute la salle d’ailleurs, Mlle Paula Brébion, qui dit comme un ange, et dont les jambes et les bras doivent faire rêver plus d’un statuaire.
Je croit même, si j’en juge par votre serviteur, qu’il n’est pas absolument nécessaire d’être statuaire pour admirer des formes tout simplement exquises.
Les lorgnettes n’on pas perdu leur temps, hier soir – ni ceux qui les tenaient non plus.
A côté de Paula Brébion, voici la gracieuse et suggestive Valti, un Rubens qui a de la voix et de la gaieté, voici ensuite Jeanne Bloch, une fantaisiste extraordinaire, dont les ahurissements sont inénarrables. Le jour où Jeanne Bloch voudra jouer les Thierret jeunes au Palais-Royal, je lui promets des soirées triomphales. Voici encore Blockette, Larive, Lepayeur, Sarra, Vauthier, Denise, Ilda, Georgette, Fredler, Gillet, Cécile et Lassale, toutes plus charmantes et plus coquettement déshabillées les unes que les autres.
La vaillante troupe masculine de la Scala a donné tout entière. J’ai vivement applaudi au passage : MM. Libert, Derame, Maurel, – un artiste hors pair, un peu sacrifié dans «Paris Qui Rit», – Mathias, Famechon, Marien, Chevalier, Delaunay, Danval, Carré, Marchand, Thony, Marchal, Hérbert, Frappa et Borie.
Je dois une mention spéciale à un artiste nommé Stiv-Hall, qui imite Théresa, Judic, Yvette Guilbert et Bonnaire, avec une précision et une vérité vraiment surprenantes. L’imitation poussée à ce point, c’est de l’art.
La direction de la Scala a monté sa revue de fin d’année avec une prodigalité du meilleur goût. Elle a voulu que ses décors et ses costumes fussent ravissants. Elle y a réussi.
Le public va lui prouver, pendant quelques mois, que le proverbe qui dit : « Il faut semer pour récolter », est d’une éternelle et indiscutable vérité.

« La joyeuse Jeanne Bloch, dans son abracadabrant uniforme de général » commence à avoir un succès populaire bien mérité, pourtant les journaux ne sont pas toujours très gentil ni délicat :
La Vie Parisienne, le 26 août 1916 :
Ainsi que la plupart des comiques disgraciées par la nature, elle tirait des effets de sa disgrâce. Ce genre d’effets est ordinairement ce qu’on peut rêver de plus triste : il est à pleurer.
Jamais Jeanne Bloch n’a fait pleurer personne, mais elle nous a fait rire aux larmes.
Mon Dimanche revue populaire illustrée, le 12 février 1905 :
On dit couramment d’une personne qu’elle est maigre comme un clou, et ce n’est pas du tout, grâce à Dieu ( si tant ait que Dieu ait mis les mains à une création aussi peu réussie), le cas de Mlle Jeanne Bloch.
Il ne serait pas plus vrais de prétendre qu’elle ne vaut pas un clou, car, en échange de l’esthétique qui lui manque, elle a reçu un talent très farce et qu’elle sait accommoder à sa taille burlesque. Mais si l’on voulait absolument trouver dans la quincaillerie une image applicable à Mlle Jeanne Bloch, on pourrait se figurer plus exactement un piton très grossi, sans préjudice de celui qu’elle a sur sa figure, vulgairement appelé nez.***
Le journaliste fait ce que l’on appelle «un pied de nez» à l’un des plus grand succès de Jeanne, «La Noce des Nez» :
Je r’viens d’un’noce aux Batignoles
Mine’ de rigolade ! Ah ! chaleur !
Les invités avaient des fioles
a fair’ pâmer un saul’ pleureur;
Y’ avait d’ quoi rire’ comm’ un’ baleine
En voyant parents et mariés,
Car aucun d’eux n’avait eu d’ veine
A la distribution des nez;
L’cousin Jean l’ avait trop grand,
C’lui qu’ est sourd l’ avait trop court,
sa moitié l’ avait r’troussé,
et sa soeur l’ avait en coeur,
La bell’ mèr’ l’ avait en l’ air,
Son mari l’ avait trop p’ tit,
La marié’ l’ avait d’ coté,
Et son époux le pauvre époux !
N’ avait pas d’ nez du tout
Joseph Oller, le napoléon du monde du spectacle, toujours à la recherche d’innovation, à inauguré l’Olympia en 1893, le premier «Music-Hall» Parisien.
L’ ère des revues à grand spectacle peu commencer, il ne s’agit plus, de simplement faire défiler une à une les étoiles, qui vont chacune, à tour de rôle chanter leur ritournelle, mais d’organiser tout un spectacle, (qui peu durer des heures.) Composer de numéros fort différent, souvent venant du cirque, comme une dresseuse de chien, un transformiste, de la danse ou des acrobates nains.
Ce contexte favorable fera le triomphe de la revue à grand spectacles, comportent un nombre important de participants, des spectacles, souvent luxueux, plein de folie et de magnificence, tell les «Féeries» du Théâtre du Châtelet ou les spectacle de pantomime du «Drury Lane Theater » anglais.
Le «scénario» d’une revue est souvent assez convenu, et basée sur l’actualité. C’est généralement un compère qui rencontre une commère, et à eux deux, voyagent à travers l’actualité, qu’ils ne manque pas de commenter pour le plus grand plaisir des spectateurs.
Il vas sans dire que toutes les chanteuses de cafés concerts n’y trouveront pas leur compte, mais Jeanne s’y épanouit pleinement et sera une des plus demandée, des plus appréciée et des plus rigolote commère.

1 janvier 1895, «L’écho des jeunes : journal littéraire» :
Scala. «Paris Scandale.» La revue de notre confrère Millot, est un succès de plus à l’actif de cet excellent revuiste. Nous sommes si peu habitué à voir des revues spirituelles, que nous ne saurions trop vanter les mérites de celles qui le sont. Sulbac en compère personnifiant Taupin est amusant en diable, que dire de Anna Thibaud, de Stelly, Jeanne Bloch que nous n’ayons déjà dit, elles contribuent à la réussite de ce Concert, il en est de même de leurs camarades Libert qui dit avec adresse «Son adresse,» Plébins, qui décroche toujours la timbale au mât de cocagne du succès avec «La Chanson des Pantalons» et tant d’autres…
15 février 1895, «La Lanterne : journal politique quotidien» :
La joyeuse parodie de «Gismonda,» la «Vraie Gismonda,» est chaque soir à la Scala, la cause d’un long rire inextinguible.
L’interprétation à la tête de laquelle, se trouve la désopilante Jeanne Bloch, qu’entoure un bataillon de jolies femmes aussi décolletées que le dialogue de la pièce, est absolument parfaite. La grosse Jeanne Bloch imitant à ravir la svelte Sarah Bernhardt, c’est un spectacle peu ordinaire et qu’il faut voir !
1 avril 1895, «L’écho des jeunes : journal littéraire» :
Scala. – Polin est la perfection dans le comique, le public ne se lasse pas de le rappeler à tout rompre. Sulbac est bien amusant dans «La Goule,» Maurel a créé avec succès comme toujours «T’as tant de pognon !» Libert est très apprécié dans «Pst ¨… Pst !…» … Jeanne Bloch est de plus en plus applaudie dans son répertoire comique.
15 décembre 1895, «La Revue Diplomatique»:
C’est à l’unanimité que les journaux ont constaté l’éclatante réussite de «Tananarive ça y est!» la spirituelle revue du Parisiana-Concert.
La salle, pleine à craquer dès huit heures et demie, a fait ovations sur ovations à Jeanne Bloch, véritablement superbe dans ses créations de la chanteuse des cours, du gendarme Géromé, et surtout de Coquelin aîné dans «Du Guesclin».
20 septembre 1896, «L’Art lyrique et le music-hall, journal indépendant des cafés-concerts :
Première représentation Parisienne. «La Revue Rosse» de MM. Verneuil, Maxime Guy et Emile Herbel.
La Revue Rosse a beaucoup plu parce qu’elle abonde en mots spirituels, et surtout parse qu’elle est très pimentée, on aurait pu tout aussi bien l’appeler « la Revue Raide» ou «la Revue Salée» il est vrai que les auteurs auraient eu, en ce cas, encore plus de difficulté avec dame Censure. Lorsque le spectateur parisien entend une plaisanterie un peu poivrée, il commence par faire «oh!» puis il rit et il applaudit, le lendemain il dit à ses amis et connaissances : «J’ai vu, hier, la revue à tel endroit, c’est d’un raide !…» Le soir même, tout les amis et connaissances s’y trouvent sans s’y être donné rendez-vous.
Il y a une chose à remarquer, c’est que, depuis quelque temps, les rôles de compère et de commère, tout en conservant la première vedette ne sont plus que des utilités. dans «la Revue Rosse» le succès revient à Jeanne Bloch : elle met involontairement tous les autre artistes dans sa poche, y compris la commère.
… La scène de la Chine et celle des agents sont, à mon avis, les deux meilleures de la revue, après (bien entendu) celle du Pôle Sud et de Jeanne Bloch en cycliste.
22 novembre 1896, «L’Art lyrique et le music-hall, journal indépendant des cafés-concerts» :
Premières représentations. Parisiana-concert. «La Môme aux Camélias» Parodie de MM. Baissier et Henry Moreau.
«Y’a qu’nous qu’a du talent,» se complaît à répéter, en parlant de lui et dans l’élégant style dont il a la spécialité, M. Henry Moreau, mais il ne suffit pas de le dire, ah ! non, encore faudrait-il le prouver ! …
La seule question qu’on se pose en sortant, c’est : Où est la Môme ? Où est la Môme ? Parbleu, en grosses lettres sur les affiches qui sont à la porte, pour inviter les passants à la venir voir dans l’intérieur de l’établissement. L’interprétation est bien faiblarde. Mme Jeanne Bloch, d’ordinaire si fantaisiste et si amusante, a fait une lamentable imitation de Sarah Bernhardt, rien n’y est – forcément – rien, rien.
Un peu plus loin, dans le même journal :
Mettez à Jeanne Bloch un complet de pion, de la barbe et des lunettes, rougissez-lui un peu la trogne et vous aurez, «In naturalibus,» le plus admirable des Sarcey. C’est ce que la talentueuse artiste vous montrera, à s’y méprendre, dans «Paris-Fétard,» au Parisiana.
Le 30 mai 1897, «L’Auto-vélo : journal comique & illustré» :
«Napoléon malgré lui» fait les beaux soirs de la Cigale.
C’est une fantaisie dans le goût des jolies opérettes militaires d’autrefois, on y voit défiler plusieurs bataillons de petits houzards très crânes et l’on y chante les vertus du «Petit Caporal.» Auteurs : MM. de Cottens et Gavault. Aussi, c’est un vrais succès auquel viennent encore contribuer Jeanne Bloch, Violette, Vilbert, Derouville-Nancey, Lanthenay, de Verly, Gabin, etc…, l’excellente troupe que la Cigale a su réunir pour sa saison d’été.
Francisque Sarcey, l’éminent et sympathique critique écrit le 26 juillet 1897 dans «Le Temps» :
A la Cigale : «Ah ! pudeur !» revue en deux actes de MM. Nunès et Henri Fursy.
Le hasard faisait que le jour où je suis allé voir «Ah ! pudeur !» la fête foraine de Montmartre et des Batignolles battais son plein. Tout le vaste boulevard était grouillant de petites boutiques, de chevaux de bois, de manèges, de spectacles en plein vent, la population répandue autour de ses baraques ne songeait qu’a à s’amuser et à rire.
Je suis entré à la Cigale, la salle était comble. toutes les loges brillamment occupées.
«Ah ! pudeur !» est une revue fort amusante. …
Il est évident que la Duse sera de toute les revues cet hiver. C’est la Cigale qui a ouvert la série. Jeanne Bloch, vous savez bien, la grosse, l’énorme Bloch nous a fait une parodie de la Duse qui a mis toute la salle en joie. Cette Jeanne Bloch a, comme autrefois Dailly, beaucoup de finesse sous son épaisse gaieté. Elle nous a rendu avec un sens bien curieux de la caricature et la voix et les gestes de la Duse.
Vous vous rappelez qu’à l’époque où la Duse jouait à la Renaissance on avait conté que Sarah – ( Bernhardt, ndlr) -, par noir malice, s’était arrangée pour que l’actrice italienne ne trouvât ni les décors, ni les accessoires dont elle avait besoin. Rien n’était plus faux. Mais un revuiste a toujours le droit de tenir la légende pour vraie et de s’en emparer.
Jeanne Bloch sent la vie l’abandonner, elle va pour s’affaisser et se retourne :
– Pas de chaise ! s’écrie-t-elle, quel théâtre ! je n’ai pas même une chaise pour mourir.
Et, d’un ton douloureux :
– Sarah meurt sur une chaise longue, Réjane meurt dans son lit, moi, je mourrai par terre.
Et tout d’une masse, quelle masse ! elle s’assied à croupetons. C’était à pâmer de rire. Tamango était en scène avec elle, il la relève, il la prend dans ses bras, il la câline :
– T’as magne au coeur ? lui demande-t-il d’un air navré.
Je n’aurais pas cru que l’on pût aisément parodier la Duse. On nous a cent fois imité sur scène Sarah Bernhardt ou Mounet-Sully. C’est que l’un et l’autre ont une manière. Mais il semblait que la manière de la Duse fût de n’en pas avoir. C’était la simplicité même, une simplicité où elle arrivait à force d’étude et grâce à un art exquis, mais une simplicité si unie, si parfaite, que je ne devinais pas où les parodistes pourrais accrocher une imitation.
Mme Jeanne Bloch y a réussi. C’est que sous cette épaisse enveloppe, elle est très intelligente comédienne. C’est peut-être aussi que la simplicité de la Duse est plus artificieuse encore que nous l’avons dit. …
Claudius est impayable dans le rôle de Tamango, en chantant avec Jeanne Bloch le duo du «Trouvère».
7 mai 1898 «Gil Blas» :
Paris la nuit. A la Cigale, une charmante fantaisie de P.-L. Flers, accompagnée d’une fine musique de Rodolphe Berger ! «Femina !» les hommes réduits en esclavage sont courbé à tous les travaux du ménage, tandis que les femmes portent stick et culotte, jouent à la bourse, montent au concours hippique et se réunissent au club pour parler politique, industrie et commerces. Mais bientôt les instincts des deux sexes reprennent le pouvoir.
Ces messieurs veulent parler en maîtres et ces dames éprouvent le besoin d’être dominées et conduites. De là, accord parfait et quand le rideau tombe, tout est rentré dans l’ordre.
La moralité de la pièce – car elle est morale malgré quelques plaisanteries un peu… salée – est que tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes. A nous, la force et la puissance ! A vous, mesdames, la grâce et la beauté !
Et Lantehenay, Allems, Marcelle Andrée, Blanche Delière, sont là pour prouver mon dire ! Quand à Jeanne Bloch, elle est toujours Jeanne Bloch, la comique exubérante.
Souhaitons à cette piécette le succès de son aînée, «Le Royaume des Femmes».
1900 Critique négative, et pas signée dans «Le Feu Follet» :
– On ne monte nulle part les revues et les pièces à grand spectacle comme à la Scala et à la Cigale. D’ordinaire elles sont fines, drôles, mordantes, satiriques. Les Folies-Bergère ont seules le monopole de ballets quelconques. Cependant, cette fois-ci, la verve de M. Flers m’a paru bien terne, et s’il a mis à pleines mains du poivre de Cayenne dans ses «Petits Croisés,» c’était pour économiser sans doute le sel attique. Cette pièce ressemble à sa principale interprète, Jeanne Bloch, la femme cent kilo… Je n’insiste pas davantage sur la ressemblance.
1901. En septembre, elle est à «La Cigale» pour : «Les Marraines du Siècle»
1902. En août : «La Cigale» pour «La Pucelle de Mexico»
10 août 1902, P.-E. C. dans «Le Ménestrel : journal de musique»
La Cigale qui, après avoir chanté tout l’hiver, infatigable, chante encore tout l’été, vient de nous donner la première représentation d’une fantaisie de MM. Clairville et Blount, «Froufrous et Culottes rouges.» Maison de confections et quartier de cavalerie : des militaires chez des couturières, des couturière à la chambrée. Ceci, heureusement, plus drôle que cela, non que ce soit positivement neuf de voir de rondelettes personnes s’enlaidir a plaisir en s’affublant de vastes tenues de chasseurs à cheval, mais l’effet de tel mascarade est toujours sûr, et plus ça sert, plus c’est meilleur. La colossale Jeanne Bloch, que nous déguste jadis en officier, demeure, même en modeste cavalier de seconde classe, d’ébouriffante et communiquant belle humeur. C’est la grosse joie de la soirée, alors que Mlle Allems en est la gentillesse. Cependant, belles madame, pleurez ! Votre Gabin est en vieux, oui, le chéri, en vieux commandant. Pleurez ! A nous, du moins, cet avatar cruel aura prouvé la souplesse adroite du comédien. MM. Denola, Vanyll, Max-Morel, comique de métier, M. Féréol, portant beau, Mlle Séviane, petite vedette, et beaucoup d’autres, dont M. Légion et Mlle Doralys se recommandent par une étonnante ressemblance avec la plantureuse étoile de la maison, s’animent et se campent, parfois, à la hauteur d’ordinaires interprètes d’opérettes.
Dans sa carrière, Jeanne Bloch, souvent sollicitée, chantera dans presque toutes les salles parisienne, mais principalement à la Sala, à la Cigale, et finalement à l’Européen.
Les carte postale de l’époque ( qui font la joie des collectionneur d’aujourd’hui ) sont parfois fort cocasse, comme celle qui l’à représente grimée en homme ! Et pas n’importe lequel, le président Fallières !

En novembre 1902 elle se déguise même en petite fille pour donner la réplique à Langlet dans «V’la l’Metro» une revue de la Cigale, écrite par Adrien Vély et Henri de Gorsse :
La petite fille : – Bonjours ! vieux monsieur.
Le vieux monsieur. – Bonjours, mon enfant, bonjours.
La petite fille : – Tu ne veux pas m’accompagner ?
Le vieux monsieur. – Oû ça ?
La petite fille : – D’vine un peu pour voir, d’vine c’que j’veux qu’tu me montres.
Le vieux monsieur. – Est-ce que je sais, moi !
La petite fille : – Eh bien ! vieux monsieur, j’veux qu’tu me montres Guignol !
…………………
Le vieux monsieur. – Est-elle gentille ! Mais quel âge as-tu donc ?
La petite fille : – J’ai douze ans.
…………………
Le vieux monsieur. – attend moi là, mon enfant, je vais chez un pâtissier t’acheter quelques douceurs et puis nous irons voir Guignol.
…………………
Le vieux monsieur. – Ah ! me revoilà, j’ai acheter quelques friandises pour le goûter de Mademoiselle.
– Allons voir Guignol. Vient-vite, Est-elle gentille ! Est-elle gentille !

Le 9 novembre 1902, «L’Aurore», Courrier des Théâtres :
– V’La l’Metro !
On voit bien que la «Cigale» ne se ralliera jamais aux traditions économiques de la fourmi, car le music-hall du boulevard Rochechouart s’est livré, pour sa nouvelle revue, «V’la l’Métro !» à de véritables prodigalités de costumes et de mise en scène. Les trois tableaux qui nous font voir les «grès et cristaux flammés», sont d’une somptuosité sans pareille, et véritablement réussis. Néanmoins, celui qui aura le plus de succès est celui du Coffre-Fort, consacré à la famille Humbert-Daurignac, dont, par un ingénieux jeu de scène, chaque membre vient substituer sa propre tête à son portrait, apposé sous forme d’affiche, sur la muraille.
Thérèse Humbert. C’est l’inénarrable Jeanne Bloch, d’un comique majestueux, sous les trais de l’héritière des Crawford, et qui la joie de cette revue, sous ses différents avatars – impayable sous les traits de la Môme Sardine, un bébé plutôt mûr, qui débauche les vieux messieurs, fort amusante aussi en Casque d’Or théâtral, et en Otéro aéronaute.
Elle a d’ailleurs d’excellents coadjuteurs dans M. Gabion, un compère alerte et plein d’entrain, Mlle Cernay, une commère qui n’a peut-être pas tout le diable au corps désirable, mais qui chante avec goût, Mlles Allems, Séviane, Schneider, MM. Max-Morel, Féréol, Dinola, Léglon, etc., et tout un bataillon d’aimables petites femmes.
«V’là l’Métro !» est aiguillé pour un bout de temps sur la voie du succès.
En août 1903 elle fait parties des artistes qui se produisent à la Cigale, avec Allems, Gabin et Regiane. C’est pour une fantaisie à grand spectacle : «La plus jolie fille de Paris» d’Henry de Grosse, sur une musique de Paul Monteux-Brisac.
1904. Le «Gil Blas» du 7 juillet à une rubrique intitulée «Procès d’artistes», signée par Maître Renard:
Jeanne Bloch plaide, la rotonde artiste a choisi comme avocat M. Lagasse, à la voix de fifre malin, aussi l’adversaire, un simple fumiste ou carreleur, renonce-t-il à défendre les prix de son mémoire, qui sera réduit par défaut.





A partir de 1905, Jeanne jouera des revue à l’Européen, un des plus vieux caf’ conc’ de Paris, Sa clientèle étaient composée d’un bruyant public populaire qui avais prit l’habitude de lancés ses noyaux de cerises sur les artistes mal-aimés.

Elle dédicace une de ces cartes publicitaire de l’époque ainsi : Mon cher public. Pour te plaire j’ai dansé tout les soir la Mattchiche à l’Européen ! «ça vous la coupe» Jeanne Bloch
Max Dearly nous donne une jolie description du lieu dans ses souvenirs, paru en feuilleton dans le «J’ai Vu» du 15 février 1920 :
Le Concert-Européen … était un des ornement de la rue Biot. Mais il était aménagé à la mode antique, en bon petit concert où les gens du quartier venaient, le soir, prendre un air d’art lyrique en savourant leur mazagran, car en plus du prix de la place, ils avaient droit à la boisson chère à Voltaire, un garçon la leur servait sur une planchette qui courait au dos de la rangée précédente de fauteuils, et la direction octroyait à ses clients trois morceau de sucre par surcroît. Heureux temps à jamais abolis !
La directrice trônait au fond de la salle, derrière un amoncellement de soucoupes, de là, elle dirigeait, autoritaire et vigilante, son public et sa troupe. Une sonnerie, qu’elle actionnait par de solide coup de poing, transmettait ses ordres à sa troupe.

Blon-Dhin écrira plus tard dans la Rampe, au sujet de l’Européen :
Les représentation de Jeanne Bloch qui sauvèrent et firent la fortune d’un directeur, qui a dû l’oublier depuis,
Dans le livre de 1896 « Les Demi-Cabots.» Georges Montorgueil, signe un texte sur les artistes de café-concert :
Et, ainsi fait, cette sphérique personne, qui est Mlle Bloch. Elle est avantagée d’excédents en largeur. Elle ne cherche pas à les dissimuler. Elle en convient, à la bonne franquette et toute ronde. On se plaît à lui donner un costume de général qui souligne pour la plus grande joie des spectateurs l’être d’exception qu’est cette jeune femme. Comme sa tournure lui suffit, son répertoire ne diffère en rien de ceux où puisent les différentes demoiselles de bonne volonté qui cherchent à savoir : «Qui qu’a vu Coco dans le Trocadéro.»
Dans le même livre, Maurice Lefèvre, dans son texte : Les gestes de la chanson, a ses lignes :
Il est toujours agréable de voir l’uniforme porté par d’énorme demoiselles aux croupes débordantes, sous des maillots de garance, tandis que la taille se comprime à craquer dans des tuniques décolletées et galonnées d’or, et que le chef aux bajoues croulantes se surmonte d’un képi étoilé. La chanson militaire se campe, bombe, colle le long de sa cuisse un de ses battoirs gantés de veau et, de l’autre main, frisant sous son nez en pied de marmite une imaginaire moustache, grossit sa voix, clignant de l’oeil dans un sourire polisson, s’écrie au refrain : «- Or çà, dit le capitaine!…»
Telle est la phraséologie obligatoire, avec les «scrongnieugnieu « et les «Entendez-vous c’que j’vous parle ?» de la muse comico-guerrière du café-concert.
Si vous ne riez pas, c’est que vos hypocondres sont défectueux.
Changez-les.

En 1905 La populaire revue «Mon Dimanche» lui consacre un article de sa série. Ceux dont l’on parle :
Pendant longtemps, sa spécialité a été la chanson militaire, et son costume, un képi, un simple petit képi posé crânement en arrière; ce qui ne veut pas dire, rassurez-vous, que Mlle Jeanne Bloch n’avait pour tout vêtement qu’un képi, ni que son travail se bornait à cette coiffure. Grâce à cet accessoire et à ses grimaces, elle faisait du banal tourlourou une caricature des plus amusantes.
Jacques-Charles nous en donne sa description dans son ouvrage, « Le Caf’Conc’ » :
Jeanne Bloch était, je l’ai dit, énorme; aussi large que haute, elle tirait tous ses effets de sa grosseur. On la surnomma « Bibendum » quand Michelin créa ce personnage publicitaire. Elle chantait généralement coiffé d’un képi d’officier et jouait les colonels « scrongnieugnieu » type aussi célèbre que M. Prudhomme, l’avait été au temps d’ Henry Monnier. Elle possédait un très grand talent comique, un pouvoir hilarant très personnel, qui mettait les salles en joie. Dieu sait si elle m’a fait rire… quand j’avais seize ans !
Août 1906, c’est la revue «Cherchez la femme.» La presse de l’époque nous en donne un compte rendu :
Cherchez la femme ne pouvait mieux s’appliquer aux intrigues, aux situations inextricablement drôles qui se déroulent dans la revue jouée tous les soirs dans le plus délicieux de nos music-halls, c’est-à-dire à l’Européen….Analyser par le menu, les 48 scènes présentées chaque soir au public serait trop long, mieux vaut laisser au public l’attrait de l’inconnu, la surprise des situations comiques. Signalons toutefois l’auberge de l’ Amour, tenue par Jeanne Bloch, où défilent nombre de personnalités politiques, Mistress Sandwich (Jeanne Bloch) et ses beautés américaines, le 1er Mai à la place Clichy, et le Paradis des Muguets comme apothéose du premier acte, puis les chirurgiens et leurs opération abdominales, les concours des Tuileries, les décorations, où Jeanne Bloch se révèle imitatrice parfaite de la grande Sarah, et, pour terminer, une fête à Fez, où aimées, bayadères, eunuques se livrent, avec Jeanne Bloch, à un incroyable ballet.
En résumé, l’ on passe à l’ Européen la plus agréable des soirées.

Jeanne traverse la belle époque en la faisant rigoler.
En décembre 1906, elle est au Théâtre du Châtelet, où règne Pougaud, le Coquelin des enfants. Le théâtre est spécialisé dans les féerie familiale, ses danseuses sont souvent actrice pour des prise de vue cinématographique d’un certain Georges Mélies.

Pour cette fin d’année, c’est «Pif, Paf, Pouf.» une nouvelle revue à grand spectacle.

La première à lieu le 6, et le lendemain dans le Figaro on pouvait lire la plume d’ Emmanuel Arène :
La féerie annuelle du Châtelet est, de temps immémorial, une solennité préparatoire des joies de la Noël et du jour de l’an, à laquelle les petits enfants ont coutume de mener ceux de leurs parents qui ont été sages. J’y ai été ainsi conduit moi-même par un jeune garçonnet de dix ans qui a pris à ce spectacle un plaisir extrême. Je dois même dire qu’à certains endroits, où, dans la splendeur des décors, le brillant des costumes et la somptuosité de la mise en scène, l’action me paraissait s’égarer un peu, mon jeune compagnon s’y retrouvait admirablement; il n’éprouvait aucune peine à suivre, dans leurs péripéties multiples, le prince Pif! Paf! Pouf!, Mme Coquiron, la reine des Araignées, M. de Follembuche, le jeune Hector, la gentille Odette et tous les personnages de l’abracadabrante aventure dorée, illustrée, musicale, chorégraphique et cinématographique qui nous fut contée hier soir. … ce fastueux et rutilant spectacle, qui s’est terminé à près de une heure et demie du matin, … le succès n’a pas été douteux et les familles peuvent aller, de confiance, admirer l’ ingéniosité des trucs, la folie des situations, la magnificence des ballets et des ensembles, la variété des apothéoses, tous les «clous» en un mot, auxquels sont brillamment accrochés ces trente-huit tableaux. …
L’interprétation est fort amusante. Mme Coquiron, c’était la joyeuse et formidable Jeanne Bloch, monumentale caricature qui prend plaisir à se caricaturer encore elle-même. Ses costumes, ses allures, sa voix, ses gestes sont de la plus plantureuse fantaisie. Elle est de ses femmes admirablement douées pour faire, au théâtre, la joie des enfants et la tranquillité des familles.

«Les Annales du Théâtre» complète le tableau :
Quand, à l’issue de cette longue et triomphante soirée, M. Pougaud eut nommé les auteurs, les décorateurs, les dessinateurs, les auteurs des cinématographes, les fabricants de perruques, etc… il dit avec raison : «Et puis, il y a «nous !» Il y a en effet, dans «Pif ! Paf ! Pouf !» un trio comique de fantaisie exhilarante, formé par lui, le gai Pougaud – toujours justement adoré du public du Châtelet – par l’excellent Claudius, et par Mme Jeanne Bloch – la désopilante étoile du café-concert – dont la diction est aussi parfaitement juste que la mimique est impayablement drôle.
Que dire du duo de Claudius et Pougaud pendant que, derrière le rideau, s’équipe le fameux tableau des «Arènes de Barnum?» Et comment ne pas éclater de rire en apercevant chez les Esquimaux Jeanne Bloch en son costume d’ourse blanc ?… Ces trois artistes, de verve irrésistible et de gaieté si communicative, eussent fait, à eux seuls, le succès de la pièce.
Pif ! Paf ! Pouf ! restera à l’affiche jusqu’au 12 mars 1907
En 1907, Jeanne est l’une des célébrités à être caricatureée dans :«L’Album d’ André Foy.»

Sous le dessin, un poème, de Lucien Vacheron :
Toujours étoile malgré l’ âge,
Aux jeunes bloque le passage
Par le talent et mieux encore
Le copieux embonpoint du corps.
Quoi d’ étonnant ? Sur sa figure
Est ce une mouche dont l’ allure
Est d’ une lentille : il en suit
Que cet instrument la grossit.
Bouffie et du blanc sur le nez,
Tel est « le bloc enfariné»
15 Novembre 1907 un grand article dans «Fantasio»:
Leurs confidences : Jeanne Bloch.
Des confidences?… à vous?… oh! Non alors. Vous êtes pas mal rosse, mon petit Fantasio et si je vous en confiais gros comme le doit, vous en imprimeriez long comme le bras.
Et puis, pourquoi faire? Est-ce que je vais m’amuser à barber les lecteurs avec mes histoires?
Ils digèrent bien sans ça, pas vrais?…
Et qu’est-ce que cela leur ferait d’apprendre que j’ai été «rigolote» dès mon entrée dans ce monde?… Pas besoin de vous gondoler, je vous dis que j’ai été une gosse prodige pas plus haute qu’une botte de garde municipal, je connaissais tous les refrains de la rue et du concert…
( vous connaissez la suite de ce texte qui se situe au tout début de cette biographie.)
Quand je pense qu’il y a encore un tas de naïfs, malade du foie, atteints de neurasthénie, ayant la jaunisse à force de broyer du noir, et qui vont faire des cures pour extirper le chiendent de leur existence, en buvant des eaux qui sentent l’oeuf hors d’âge!… Au lieu de venir tout bonnement me voir! Car j’ai des cures merveilleuses à citer à l’appui de ce que je dis!
Une dame, des Batignolles, triste comme une douzaine de bonnets de nuit, malade à en rendre l’âme, neurasthénique en plein, geignait un jour devant sa bonne et disait: «Non! Il n’y a pas de remède à mon mal!
– Madame devrait aller entendre Jeanne Bloche. (Sic.)
– Pourquoi?
– Elle vous ferait rire et ça vous ferait du bien.
– Personne ne peut me faire rire, hélas!
– Essayez toujours.
La dame se laisse persuader et vient au concert avec sa bonne. Quand je partais, elle sourit, après mon premier couplet, elle rit, à la fin de la chanson, elle se tord.
Je bisse, elle est si emballée qu’elle pleure de joie… par tous les bouts. Pendant huit jours elle revient : guérissons radicale ! Elle m’a envoyé une lettre de remerciement, attestant que je lui ai sauvé la vie.
En Russie, le prince W… une grosse légume de là-bas, après m’avoir entendue a certifié que depuis vingt ans, c’était la première fois qu’un artiste l’avait fait rire. Du coup, son spleen s’était cavalé.
J’en ai sauvé des tas comme ça. Et dire que je n’ai même pas une médaille de sauvetage à épingler sur mon corsage qui pourrait en tenir cent cinquante… espacées largement !
Et j’ai fait encore d’autre sauvetages, ceux des pièces qui tournais de l’oeil et que je ressuscitais par une trouvaille, un mot drôle, un geste imprévu. A la première d’une pièce, ça ne marchait que d’une patte, la salle était à la température ours blancs. Arrive une scène où j’avais à gifler un amoureux qui m’avais trompée, le mufle !… Au lieu de simuler la gifle, je lui envoie une calotte retentissante. La salle s’esclaffe !… Je chauffe mon jeu, je marche dans la fantaisie à outrance, la pièce est sauvée, elle a marché pendant six mois.
Avec la volonté on peu tout faire. Pourtant il y a une chose que je ne peux pas m’offrir, c’est de passer inaperçue, de me balader n’importe où sans être reconnue tout de suite. J’ai essayé, au bal masqué, de cacher ma binette sous un loup, d’envelopper mes charmes dans un domino… vas te faire fiche !… au bout de cinq minutes, j’avais une meute derrière moi et j’entendais s’écrier : «ça c’est Jeanne Bloch !… il n’y en a pas deux coulées dans ce moule là !…»
En voyage, même résultat. Un prince, un tsar, un kaiser peut se payer l’incognito, moi pas. Une fois que je revenais de Saint-Petersbourg, je m’arrête à Berlin pour serrer la pince à cette bonne Otérro qui y opérais en ce moment là. Elle me reçoit avec joie et me dit, avec cet accent original qui n’appartient qu’à elle :
– «Chi tou veux nous j’allons nous promena voir les curiosités de la ville ?
– ça colle, allons !
Nous partons pour le Winter Garden. Patatras ! La pluie se met à tomber. Nous nous réfugions dans un magasin. Mais des gens nous avaient suivies et nous les entendions dire :«C’est la belle Otéro avec Jeanne Bloch !» Les passants s’arrêtent devant le magasin, se pressant à la devanture pour nous voir, bientôt la rue est obstruée, les tramways et les voitures ne peuvent plus avancer, la police s’en mêle, on est obligé de nous faire sauver par une porte de derrière, dans une autre rue.
La pluie continuait de plus belle. Un autre magasin se présente devant nous, on y vendais de la lingerie, nous y entrons. Le patron empressé s’amène en souriant, il nous avait reconnues.
– Mesdames, que désirez-vous ‘… quel honneur pour moi ! Nous avons tout ce que vous pouvez souhaiter.
– Ah ! Vous avez de tout ( dit cette farceuse d’Otéro ), eh bien montrez-nous donc des peignoirs tout faits pour madame.
Tête du marchand qui m’examine de la tête aux pieds, et parait plutôt embêté, après son examen. Enfin, il donne des ordres à son commis qui s’empresse d’apporter tous les peignoir de la maison, aucun d’eux, naturellement, ne m’allait, même à peu près.
Nous quittons le magasin en disant tout haut notre étonnement de ce que les marchands de blanc berlinois soient aussi mal assortis. Le patron comprenait qu’on s’était payé sa fiole !
Vous voyez, Fantasio de mon coeur, que tous ces petits souvenirs ne peuvent guère vous intéresser. Vous êtes habitué à la littérature high life, à l’esprit hors concours, mais je ne pourrais vous servir que des machinettes comme ça, à la bonne franquette, remisez donc ma lettre dans votre sac aux oublis, et n’en parlons plus !
Mars 1908. Revue «Crick-Krack» à l’Européen.
16 juin 1908. «Comoédia» :
A la Scala, Francis Robin vient de signer avec Jeanne Bloch qui débutera la semaine prochaine dans la revue «En sca…la, j’marche !» qu’elle conduira à la centième, à coté de Mlles Paulette Filliaux, Alice de Tender, Camille Debièvre, Newa Cartoux, Lucette de Liévin, MM. Coquet, Léon Berton, Palau, Paul Clerc, Rablet, Tod Cams, etc.


L’irrésistible Jeanne Bloch y présentera la président Armand.
1908. Le 9 juillet, Lucien Chardon écrit dans «l’Action française»:
Il faut aller voir à la Scala le sosie du bœuf présidentiel, Edouard VII, Guillaume II, Alphonse XIII, avaient déjà le leur, le mastodonte exécutif n’a plus rien à leur envier. Il faut aller voir l’extraordinaire fantaisie déployée par Jeanne Bloch, dans le travesti de l’habit protocolaire et dans l’énorme premier rôle de notre épaisse démocratie.
18 juillet 1908. Dans le journal « Messidor : information du monde entier » dirigé par Gérault-Richard, on trouve un article qui parle un peu de notre héroïne, mais n’en fait pas le sujet principal. Il me semble pourtant qu’il présente un intérêt rétroactif suffisamment intéressant, pour le reproduire dans son intégralité :
La justice est sans pitié !
«Martyrs» du Féminisme.
Après la condamnation de Mlle Jeanne Bloch et de la doctoresse Madeleine Pelletier.
Les suffragettes Parisiennes préparent pour la rentrée du Parlement une grande manifestation.
Deux jours de prison à Mlle Jeanne Bloch. la plus «volumineuse» de nos artistes de cafés-concerts, seize francs d’amende à Mlle Madeleine Pelletier, la plus «talentueuse» de nos doctoresses en médecine…
En vérité, les juges du tribunal correctionnel manqueraient-ils de galanterie et se soucieraient-ils peu de la revanche qu’espèrent prendre les féministes au jour du triomphe définitif de leurs revendications ?
Mlle Jeanne Bloch, poursuivie pour infraction au décret réglementant la circulation des automobiles, n’accepte pas sans protestation le jugement qui ne tend rien à mois qu’à l’envoyer passer quarante-huit heures à la prison de saint-Lazare.
Nous aurions voulu lui demander de nous exposer en détail les causes déterminantes de sa condamnation, mais à l’heure matinale où nous avons frappé à sa porte – il était midi moins cinq minutes ! – l’artiste était encore au lit.
La conversation s’est engagée à travers l’huis rigoureusement clos que la femme de chambre de Mlle Jeanne Bloch surveillait jalousement.
– C’est une blague, sans doute, que cette condamnation ! disait l’artiste.
– Pas du tout. C’est très sérieux. Vous êtes condamnée par défaut à vingt-cinq francs d’amende et à deux jours de cachot !
– Ah ! mais non, mais non ! Je ne veux rien savoir ! Je vais faire appel tout de suite !
– Que c’est-il passé exactement ?
– Venez me voir ce soir au concert, à dix heures, je vous raconterai cela…
Mlle jeanne Bloch n’oubliait qu’une chose : c’est que «Messidor» paraissent à six heures, ses confidences vespérales ne pourraient avoir pour nos lecteurs qu’un intérêt tout rétrospectif.
Chez la doctoresse Pelletier.
Quittant l’entresol du boulevard de Clichy où Mlle Jeanne Bloch a installé ses pénates, nous allâmes rue Damrémont rendre visite à Mlle Madeleine Pelletier, la seconde «victime» des juges du tribunal correctionnel.
Souriante et aimable, la doctoresse ne paraissait nullement affectée de sa comparution devant la justice :
– J’avais vingt-quatre heures pour maudire les auteurs de ma condamnation, nous dit d’un ton enjoué Mlle Madeleine Pelletier, mais je serais mal venue à me plaindre. Le tribunal s’est montré indulgent : seize francs d’amende avec sursis pour avoir manifesté le jour des élections en faveur des légitimes revendications de notre sexe. c’est pour rien !
– Et vous êtes prête à recommencer ?
– Sans la moindre hésitation ! Dès que les circonstances seront favorables nous manifesterons, et nous manifesterons plus énergiquement encore que nous ne l’avons fait jusqu’ici. Il faut que nous obtenions le droit de vote et notre volonté triomphera, j’en ai la conviction absolue.
– Des circonstances favorables dites-vous ? Vous attendrez alors les élections prochaines ?
«Nous descendrons dans la rue !»
– Notre intention n’est pas de rester inactives, répondit la doctoresse Madeleine Pelletier et je puis bien vous confier que nous nous préparons, en vue de la rentrée des Chambres, au début du mois d’octobre, à descendre dans la rue et à aller en cortège devant le Palais-Bourbon clamer notre droit à l’égalité des sexes !
– L’exemple donné par les «suffragettes» anglaise stimule votre courage ?
– Nous n’avons pas besoin d’être stimulée et nous sommes, au contraire, toutes prêtes à donner l’exemple. Le jour où la session parlementaire recommencera, les députés nous trouveront devant eux et il faudra bien, cette fois, qu’ils consentent à accorder l’émancipation de la femme.
– Pour cette manifestation projetée, serez-vous assez nombreuses ? On assure que les troupes du mouvement féministe sont plutôt clairsemées ?…
– Évidemment les suffragettes françaises ne sont pas aussi nombreuses que les suffragettes anglaises. A Londres un cortège comme celui que nous voulons organiser, groupe de vingt-cinq à trente mille femmes conscientes de la tâche qu’elles se sont assignée. A Paris, nous serons tout au plus quatre à cinq mille, mais ce sera bien suffisant…
– La «qualité» – si l’on peut dire – suppléera à la quantité.
– Nous ne reculerons pas ! Voilà ce que je puis vous affirmer. La propagande en chambre est destinée à demeurer inefficace.
«Ce qu’il faut c’est frapper l’opinion publique par des faits vigoureux de propagande. Il ne faut pas avoir peur de payer de sa personne ! En ce qui me concerne, je n’ai pas la moindre hésitation et je ne veux plus tergiverser.
«Plus de paroles ! Des actes !» Voilà la devise du féminisme et nos adhérentes en comprennent toute la signification.
– Oui, mais les hommes !…
– Ah ! les hommes ! repartit la doctoresse Madeleine Pelletier avec une belle indignation. L’égoïsme masculin dépasse tout ce que l’on puisse imaginer ! Croiriez-vous, par exemple, que je reçois un grand nombre de lettres de maris courroucés qui m’accusent de retenir leurs femmes à des réunions, à des parlottes !… l’autorité maritale est ridicule et il serait à souhaiter que chacun comprît que la femme n’appartient pas à l’homme, mais qu’elle n’appartient qu’à elle-même !»
1908. le 19 juillet dans «La Liberté», un article de Léo Marchès vas nous apprendre ce que nous voulons savoir:
Jeanne Bloch et la République.
Il y a Jeanne Bloch et Jeanne Bloch. – Une conversation avec la vraie Jeanne Bloch, celle qui ne chauffe pas et imite le président Fallières.- Loyalisme et popularité.
Avec plusieurs de ses confrères, la Liberté annonçait hier une grosse, une très grosse nouvelle… Ce superlatif ne vous paraîtra pas exagéré, je pense, lorsque vous saurez qu’il s’agissait de la condamnation à deux jours de prison, par le tribunal correctionnel, de notre nationale et monumentale Jeanne Bloch, sous la triple inculpation d’excès de vitesse, de barrage forcé et d’odeurs incommodes (en automobile).
Voilà des délits sérieux et qui peuvent être gros de conséquences. Jeanne Bloch chauffeuse, évoluant dans Paris à 80 à l’heure, cela évoque des images redoutables de catapulte broyant des membres, enfonçant des devantures et passant des familles entières au laminoir! Être écrasé par Jeanne Bloch, quel perspective pour un piéton inoffensif!…
Mais, tout de même, deux jours de prison c’est beaucoup!… La justice allait-elle, au nom de la loi, ravir, durant quarante-huit heures, notre nationale, notre monumentale Jeanne Bloch à son public idolâtre?
Dévoré d’inquiétude, je suis allé sonner à la porte de Jeanne Bloch, laquelle, solidement barricadée et verrouillée, – je parle de la porte, bien entendu, – ne s’est ouverte qu’après de longs pourparlers. Me prenait-on pour le commissaire aux délégations?
Point, et j’en eus bientôt la conviction absolue. De même qu’il y a fagots et fagots, il y a Jeanne Bloch et Jeanne Bloch.
Or, celle qui fut condamnée avant-hier par la justice de son pays n’est point la même qui suscite, chaque soir, l’enthousiasme des foules en paraissant, sous les traits augustes du président Fallières, dans la revue de la Scala.
– «Par tempérament autant que par prudence, – m’a, affirmé Jeanne Bloch,- je n’aime pas la vitesse et, en fait d’automobile, je ne pratique que le Métro et l’autobus. Vous voyez donc que je n’ai pu incommoder mes contemporains, ni en les menaçant d’écrasement, ni en occasionnant un barrage, ni en répandant des odeurs,»
Cette déclaration fixait un point d’histoire. Je me gardai d’insister et nous parlâmes d’autre chose. La conversation de Mlle Jeanne Bloch est pleine d’aperçus ingénieux, que je pris un plaisir extrême à lui entendre développer.
Précisément, à la veille du départ du chef de l’État pour les cours du Nord,- car cette conversation avait lieu hier,- il était intéressant de recueillir l’opinion de notre considérable comique, non sur la répercussion possible de cette randonnée diplomatique, mais sur la personne même du président, en qui elle s’incarne, chaque soir, avec une aimable rondeur.
Or, cette rondeur n’est pas du goût de tout le monde. Certains parlementaires ombrageux ont voulu voir dans ce divertissement une atteinte au prestige du premier magistrat de la République. D’autres, plus vigilants encore, ont supposé une manifestation antirépublicaine et discerné la main des Jésuites. Mlle Jeanne Bloch aurait-elle vraiment trempé dans ces noirceurs? Prétendait-elle terrasser Marianne en une lutte à main plate?
Très nettement, Mlle Jeanne Bloch a protesté contre ces soupçons mal fondés. A dire vrai, ce ne fut point sur le mode indigné qu’elle protesta. Elle ne frappa point sa robuste poitrine et ne s’écria pas, à l’instar d’un héros cornélien: «Moi, seigneur, moi, que j’eusse une âme si traîtresse, qu’un si lèche dessein…» Elle se borna à rire de ce rire large et communicatif qui lui vaut son action sur les foules et me dit avec une simplicité joviale:
– Au cours de ma carrière, j’ai représenté des officiers, des soldats, des hommes, des femmes, des enfants, des auvergnats, des ministres, des sénateurs et des députés. J’ai même incarné Napoléon. Le président de la République manquait à ma collection. On me l’a distribué. Je l’ai accepté avec plaisir et sans aucune arrière-pensée, je vous le jure! Et je le joue, chaque fois, à la vive satisfaction du public.» Tous ceux qui ont assisté à la revue de la Scala savent qu’il n’y a dans le rôle ni dans son interprétation, absolument rien de choquant. Pour jouer M. Fallières, j’ai assagi mon comique un peu gros. J’en ai fait un personnage de composition, gai certes, mais point grotesque. Et voulez-vous que je vous dise? Je suis convaincue que, loin de porter atteinte au prestige du président, …illisible…
beaucoup de gens qui ne l’ont jamais vu, qui ne le verront jamais. Pour eux, il est le président, c’est-à-dire une haute personnalité, je la leur montre tous les soirs, rondouillarde et sympathique. Je la fais acclamer. A ma sortie de scène, on crie: «Vive Fallières!» Et, l’autre jour, sur le boulevard de Strasbourg, un monsieur très bien avec sa dame, qui poussait une voiture d’enfant, m’a salué respectueusement d’un coup de chapeau et d’un: «Bonjour, monsieur Fallières…»
«Quant à la République, vous savez, elle est un peu là, comme on dit à Montmartre et, si on l’attaquait, on aurait affaire à moi!»
Ainsi s’exprima Mlle Jeanne Bloch, robuste républicaine. Que les timorés se rassurent. Marianne n’a rien à craindre. Et si, d’aventure, ce matin à la gare du Nord, ils ont aperçu la divette potelée de la Scala, dissimulée en un coin obscur, sur le passage du cortège présidentiel, ils ont pu se convaincre, à la décence de son maintien et à la déférence de son attitude, de la pureté de ses intentions.
Jeanne Bloch venait acclamer le président de la République.
J’ose espérer que cette nouvelle preuve de civisme désarmera toutes les critiques. Et je songe que l’artiste injustement soupçonnée a droit à une réparation. Un petit bout de ce grand cordon rouge qu’elle porte si dignement chaque soir, ferait bien sur sa vaste poitrine.
Je demande qu’on décore Jeanne Bloch!
Comme aurais put le dire le président Chirac : Monsieur Coluche, vous n’avez pas le monopole du coeur !
Les concerts de «charité» existait depuis longtemps déjà.
Coquelin ainé, au début du vingtièmes siècles, avait lancé l’idée d’une maison de retraite pour les vieux comédiens, qui sera inauguré le 1er avril 1905 à «Couilly-pont-aux-Dames».
En 1908, Dranem veux faire de même pour les artistes lyriques. Il convainc Jeanne d’apporter son concours, et organise une grande fête pour récolter des fonds.
La grande fête des Cafés Concerts à lieu au Stade Buffalo, et le 25 août 1908, dans «L’Humanité»:
Au vélodrome de Neuilly.
Le gala sportif des artistes.
Il n’y avait pas Mansuelle – ou s’il y était, il s’est, telle une violette, dissimulé dans le gazon de la pelouse. Mais la fête n’en a pas moins bien réussi.
1909. Le 11 avril. Arlequin écrit dans «Le Journal»:
A L’Européen: Cocorico!! Revue.
Première de «L’Amour Mystique».
Jeanne Bloch. La superbe Nissor, la Commère.
La revue «Cocorico», de MM. Grison, Seurette et Magog, est un gros succès! – A l’occasion des fêtes de Pâques, les personnes aimant les spectacles amusants et spirituels, désirant passer une agréable soirée, iront voir la Revue de l’Européen, dont l’attrait s’accroît encore aujourd’hui par la première représentation de «la Maison de l’amour mystique», une nouvelle scène suggestive qu’il faut voir. – Jeanne Bloch est étonnante dans ses cinq rôles à transformations d’un genre si opposé: d’abord en Président, puis en Garde vigile, en Bébé du père Coutant, en Procureuse générale et enfin, en Coq de «Chantecler», et quel coq! Quelle opulente rotondité Ah! On pourrais bien ne pas chercher ailleurs le fameux coq après lequel on court depuis si longtemps. – La superbe cantatrice Nissor est une commère dont la grâce et la prestance égalent le talent, comme on en voit rarement: sa voix chaude et vibrante empoigne littéralement; le compère Vorins, en Castro, est amusant au possible, c’est un artiste typique de réel talent; MM. Stiv-Hall, le fantaisiste apprécié, donne la réplique à Jeanne Bloch; le comique Daniel, Duc, Rial, Morrango, Crozan, Mmes Myalis, l’excentrique par excellence, Prima, Worth, Dermigny et tout un essaim de jolies artistes complètent une interprétation de premier ordre. – Les tableaux des Audiences à la Présidence, du Bal des Quat’z’arts, de «Chantecler» et de «la Maison de l’amour mystique» sont vraiment hors de pair. – Aujourd’hui et demain, matinée de gala à 2h. 1/2, avec la Revue «Cocorico» et Jeanne Bloch.
1909. Le 15 mai dans «Le XIX siècle»:
«Une femme de feu», le vaudeville en cours de répétition aux Folies-Dramatiques, sera, si nous en croyons les indiscrétions, un très gros succès.
Tous les éléments de gaîté s’y trouvent d’ailleurs réunis, à commencer par l’inénarrable Jeanne Block.
Les transformations seront tout à fait imprévues.
A côté de Jeanne Block, nous verrons la blonde Mariette Lelières, à qui il vient d’être confié le rôle d’Aida-Blidah, et Lyane-Myanis, celui de Mme Elise, manucure et masseuse en tous genres.
Avec Jeanne Block, la gaîté la plus franche va élire domicile aux Folies-Dramatiques.
Et c’est un jean Cocteau de vingt ans qui l’a cite dans un «rondel explicatif» accompagnant son dessin de le belle Lanthelm, ( une diva du théâtre, qui s’est noyée dans le Rhin. ) paru dans le Comoedia du 28 mai 1909 :
Je répète au public de cervelle peu saine
Qui clame, retournant dans nos coeur le poignard,
« Oh ! que Bartet est bien ! devant Sarah Bernhardt
On croit que Jeanne Bloch est un dessin obscène:
C’est Lantelme accoudée au bord d’une avant-scène.
Le 1 juillet 1909, «L’Art Dramatique et Musical» Remès Dalleroy fait la critique de la nouvelle pièce des Folies-Dramatiques :
«Une Femme de Feu» vaudeville en 3 actes.
Pour nous annoncer «Une Femme de Feu» le théâtre des Folies-Dramatiques resplendit de lumières en guirlande et en cabochons, c’est partout de l’incandescence. Les deux auteur ont escompté dans l’ampleur de Mme Jeanne Bloch, présentée comme une amoureuse éperdue, un succès de fou rire qu’il n’ont pas tout à fait obtenu. L’étrangeté potelée de Mme Bloch fut toujours au café-concert un élément de gaîté spontané, ici où l’artiste modère un peu son exubérance, atténue ses effets habituels, le débordement de ses charmes incite moins à la grande hilarité, mais l’artiste est intelligente et supplée à l’erreur des auteurs par une originalité personnelle qui parcourt amusante toute l’action. Ce fut une faute, je pense, que d’avoir, puisqu’il était question de choses d’amour, fait de Mme Bloch la femme ardemment souhaitée par des amoureux pantelants. Cette invraisemblance fâcheuse a quelque peu mitigé la grosse gaîté dont l’artiste est dispensatrice, il eût peut-être mieux valu que cette femme de feu, si puissante et ardente, prît elle-même d’assaut les amants ahuris et récalcitrants, la belle excentricité de Jeanne Bloch se fût trouvé dans son milieu et le public eût admis plus franchement cette situation plus normale.
Il n’en est pas moins établi que les débuts de Mme Jeanne Bloch au théâtre sont des plus brillants et des plus aimables et que si les auteurs veulent pour elle d’autres rôles, elle aura bientôt, en son genre, une réputation d’excellente artiste.
La pièce est pourtant un énorme succès qui reste à l’affiche huit mois. Ce qui permet au journal «Comoedia» de publié ses lignes le 26 novembre 1909:
Quelle joyeuse soirée ont passé les midinettes venues à la «Femme de Feu», pour fêter la Sainte Catherine. Jeanne Bloch les a enthousiasmées par ses jeux de physionomies hilarants. Les gentilles ouvrières ont emporté des souvenirs qui les égaieront pendant de longues soirée, Le succès de «La Femme de Feu» est de provoquer le rire… et il est impossible de ne pas se souvenir de la pièce la plus désopilante du théâtre gai.
En 1911, L’État Français contraindra Jeanne à déménager.
On apprend cela grâce au «Journal officiel de la République Française», qui relate la séance du Sénat, du 9 novembre 1916:
M. Le président:
– La parole est à M. de Larmarzelle.
M. de Larmarzelle:
– Messieurs, avant de répondre aux arguments de l’honorable rapporteur, je voudrais vous résumer l’histoire…………..
……..c’est en 1911 que fut votée une loi permettant à l’État d’acquérir l’hôtel Biron.
Le but de cette loi, c’était, d’abord, de nous conserver, comme on l’a dit tout à l’heure, le chef-d’oeuvre de Gabriel et de mettre le public en possession d’un parc magnifique. Depuis cette époque 1911, rien n’a été fait, et, lorsqu’on passe boulevard des invalides, devant ces murs éventrés, on aperçoit cet admirable hôtel que l’on décrivait si bien tout à l’heure, dans un état lamentable de délabrement. Le parc est livré aux mauvaises herbes, à tel point que je pourrais citer ici des hommes qui y ont chassé le lapin, il n’y a pas longtemps encore!
Enfin, quand on contemple ce domaine, on a la sensation qu’il appartient à un propriétaire en train de se ruiner, spectacle d’autant plus lamentable que l’on constate que le domaine était magnifique.
Une autre remarque a été faite: sur cet immeuble, on n’a jamais vu flotter, pendant l’horrible guerre que nous traversons, le drapeau d’une ambulance, tandis que nos écoles publiques et privées, au détriment des enfants qu’elles enseignent, ont recueilli chez elle des blessés, dans cet hôtel il n’y a rien!
M. le sous-secrétaire d’État des beaux-arts:
– Je vous demande pardon!
«Un sénateur à gauche»: – Il y a l’oeuvre de l’hôtel Biron.
M. le sous-secrétaire d’État:
– Il y a un ouvroir, une garderie d’enfants, une école de préapprentissage depuis le mois d’août 1914.
M. de Lamarzelle:
– Dans tous les cas, il n’y a pas de blessés.
M. le sous-secrétaire d’État:
– On ne peut pas tout y mettre à la fois!
M. Gaudin de Villaine:
– Il y avait aussi d’autres locataires, moins recommandables.
M. le sous-secretaire d’État:
– Pas depuis la guerre.
M. de Lamarzelle:
– Que s’est-il passé?
Puisque l’immeuble a été laissé dans cette état de délabrement, l’État a voulu donner à l’hôtel Biron sa destination légale, il s’est alors trouvé en présence des locataires admis par le liquidateur de la congrégation, à savoir: une actrice, Mlle Jeanne Bloch, un acteur, M. de Max, enfin, M. Auguste Rodin, le sculpteur illustre que l’on a célébré tout à l’heure. Il ne fut pas difficile à l’État d’expulser Mlle Jeanne Bloch, M. deMax fit plus de difficultés, quand à M. Rodin, je cite ici M. Jules-Louis Breton:
«Quand il fallut s’attaquer à M. Rodin, ce fut, cette fois, matériellement impossible, l’administration des beaux-arts n’ayant pu, malgré ses longs et louables efforts, arriver à le faire consentir à déménager.»
……………
1911. Le 14 mars «Le Radical»:
Renaissance. Le prochain Vendredi de la Parisienne sera une véritable solennité du rire. En effet ces joyeux artistes, l’exubérante Jeanne Bloch et le spirituel nain Delphin y traiteront, avec toute l’étourdissante fantaisie que l’on devine, ce sujet d’éternelle et toujours brûlante actualité: «De l’art d’aimer».
Le 8 avril 1911, c’est la première du «Coup de Piston» au Folie Dramatique, Jeanne en ai évidement, la tête d’affiche.
Jeanne à 50 ans, elle est encore en pleine possession de ses moyens, sa science du jeu a depuis longtemps atteint sa maturité. Elle est au top.
1911. Le 22 juin dans «Le Matin» :
Folies-Dramatiques
Dernière du «Coup de piston».
Jeanne Block en jupe-culotte.
Les dernières du fameux «Coup de piston» sont annoncées! 200.000 spectateurs ont applaudi cette merveilleuse pièce! Que les retardataires se hâtent! Que ceux qui n’ont point vu Jeanne Bloch en sous-préfète, en jupe-culotte et le fameux comique Launay en maire Bacchus, n’hésitent point!
Tout Parisien, tout étranger se doit à lui-même d’avoir vu le «Coup de piston», le critérium de l’art comique joué par nos meilleurs artistes, Jeanne Bloch en tête.
En décembre 1911, elle est de la reprise de «Cousin Cousine» au Nouveau Théâtre du Château-d’Eau. Jeanne reprend le rôle qu’avais créé la célèbre, grande et mince, Louise Balthy.
Léon Passurf, dans «La Critique indépendante : théâtres, concerts. arts, littérature» du 15 décembre 1911 :
La grande attraction du spectacle consistait en la présence de la célèbre Jeanne Bloch, dont la «masse» exerce une si irrésistible influence sur les masses. On peut rester réfractaire devant les effets d’humour souvent vulgaires et communs de cette prodigieuse fantaisiste, qui semble avoir avalé une grosse caisse et ne jamais consentir à rendre l’argent, mais il est évident que Mme Bloch possède le sens inné de la caricature, telle qu’un Moloch (rime riche à Bloch) le réalisa en ses dessins vigoureux et incisifs. Soit qu’elle déforme se physionomie et lui attribue les plis effarants d’un masque japonais, soit qu’elle agite sa corpulence de Tanagra innombrable, soit qu’elle chante de cette voix de crécelle, résolument insoucieuse du rythme et de la tonalité, elle garde toujours un pouvoir comique qui attise le fou rire, sans que vous songiez un instant à savoir si, dans ce rôle de Véronique, ex-cascadeuse que les malheurs, à l’inverse de Blanchette, ont jette dans l’enseignement, l’asperge Balthy fut aussi cocasse que le potiron Bloch…
1912
Dix ans après son «Voyage dans la lune», Méliès ré-adapte Jules Verne avec «À la conquête du pôle».
Pour cette ambitieuse féerie (plus de trente minutes!), Méliès engage Jeanne Bloch.
Elle y campe la chef de Suffragettes, venant manifester pour leurs droits à la conquête et au Congrès, elle tente de conduire un aéro-scaphe et fini même par s’accrocher à une montgolfière !
Sacrée Jeanne !
22 mars 1912 c’est «La Joconde en Ballade» au Grand Théâtre. Une revue de Dufresne et Grandjean, écrite par Timmory et Marsan. Jeanne – qui joue évidement la Joconde – y côtoie le joyeux compère Henry Varna, Laure Dalba, Dalcier, Raymond, Delym’s et son propre frère, le transformiste Stiv-Hall, dans six rôle différents !
«L’Artiste Lyrique» du 6 janvier 1912 annonçais :
Jeanne Bloch en tournée.
MM. Dufresne et Grandjean ont traité avec Mme Jeanne Bloch pour entreprendre une importante tournée en France et en Belgique. …
C’est la première fois que Mme Jeanne Bloch se produira en province et à l’étranger.
Les séries de représentations sont prévues à Nice, Marseille, Toulon, Montpellier, Toulouse, Bordeaux, Tours, Nantes, Rouen, Reims, Le Havre, Lille, Bruxelles, Liège, Anvers, etc.
«Le journal des étudiants» à Montpellier, précise :
la musique nouvelle a été arrangée par M. Paul Marcus, chef d’orchestre des Ambassadeurs, les danses réglées par le professeur Frazer, et tous les costumes sortent du grand costumier Pascaux. On peu dire que «La Joconde en Balade» avec Jeanne Bloch et sa troupe, sera la plus belle soirée de la saison.
Ajoutons que la représentation commencera par un des plus grand succès du Théâtre des Nouveautés, «Un Voyage de Noces» comédie en 3 actes de M. Jean Calsan, interprétée par une troupe composée des meilleurs artistes de nos grandes scènes parisiennes, et l’on peut prédire à la soirée Jeanne Bloch une salle archicomble.

JEANNE BLOCH – PARIS QUI CHANTE – 1 MARS 1913
Il est a peine besoin de présenter Jeanne Bloch à nos lecteur. C’est une célébrité mondiale contemporaine. Elle est l’incarnation vivante de la bonne humeur française.
Qui ne l’a vue naguère dans nos grands cafés-concerts, galvaniser des salles en délire ? Je la revois encore à la Scala, en robe de soie bleu ciel, le képi d’officier crânement planté sur l’oreille : Et allez donc ! Ce qu’elle vous faisait «barder» le public !
Mais la chanson ne devais pas la retenir éternellement, et bientôt elle triompha dans les pièces où elle créa un genre nouveau : elle lança les «cordialement irascible» et les «bourrues amoureuses». On dit actuellement : jouer les «Jeanne Bloch» comme on dit jouer les «Judic» ou les «Desclauzas».
Longtemps elle fit les beaux soirs de la Cigale, et ses créations des Petits Croisés, de Froufrous et Culottes Rouges, du Béguin de Messaline, etc., sont restées légendaires. A l’Européen, elle fut la joie de nombreuses revues et enfin, elle passa définitivement au théâtre où elle triompha au Châtelet dans Pif ! Paf ! Pouf ! et surtout au Folies-Dramatiques dans La Femme de Feu, qu’elle joua huit mois de suite. Elle vient de faire une longue et fructueuse tournée au cours de laquelle elle interpréta un rôle de Joconde bien fantaisiste, on s’en doute. Et maintenant la revoilà revenue au Folies-Dramatiques sur la scène de ses succès. Elle y est chaque soir acclamée dans le rôle de la môme Fil-de-Fer qu’écrivit spécialement pour elle M. Mauprey, l’auteur de Prostitution ! la belle et dramatique pièce réaliste qui est un great event de la saison théâtrale parisienne. Au milieu des scènes violentes et émouvantes de ce drame vécu, Jeanne Bloch représente comme toujours la joie et les éclats de rire qu’elle déchaîne repose le public des émotions qu’il éprouve à certaines scènes. Et l’on ne sera pas surpris de savoir que Jeanne Bloch possède aussi la note sentimentale. Pour s’en rendre compte, on n’a qu’à l’écouter déclamer ses vigoureuses tirades humanitaires. Une fois de plus cette favorite des succès fait courir tout Paris aux Folies-Dramatiques. Et ce n’est que justice, car Jeanne Bloch est une grande artiste.

Le 4 mai 1913 «La Presse» nous livre ce compte rendu :
Folies-Dramatiques. Jeanne Bloch dans «Vierge Vengée !»
«Vierge Vengée !» est une étude de moeurs curieuse, une peinture fidèle de la vie d’un certain monde inconnu du public, on y voit défiler de malheureuse filles victime de la brutalité d’individus louches, allant échouer au Dépôt, puis à Saint-Lazare.Tout est pris sur le vif et l’on a l’impression de la réalité, pendant trois heures, le public est tenu en haleine et l’on passe de l’émotion la plus poignante à la gaîté la plus folle.
Jeanne Bloch est inénarrable dans le rôle de la Môme Fil de Fer, dans la scène de la rafle au Dépôt, et surtout à la prison Saint-Lazare où la soeur Saint-Ange venge la jeune vierge en tuant elle-même son bourreau. C’est un spectacle unique en son genre et que tout Parisien doit avoir vu. Demain Dimanche, matinée à 2 h. 30, avec Jeanne Bloch.
Le 19 Octobre 1913, «Le Matin» :
Jeanne Bloch dans «Les Vices de Paris» – une étude de moeurs en quatres actes, d’André Mauprey – aux «Folies Dramatiques» est une attraction unique ! Il n’y a vraiment qu’une Jeanne Bloch au monde ! disait F. Sarcey. Rien ne peu dépeindre les scènes du Caveau rouge et les choses qui s’y passent !
Mars 1914. Jeanne joue «Les Passionnés» au Folies-Dramatiques.
Fernand Frey ( 1877-1959 ). Grand et élégant, à la figure singulière, cette auteur et interprète à la voix aigue, s’est fait une spécialité des monologues comique. Il en a écrit tout un répertoire qu’il débite avec succès sur les scènes Parisienne : «Le fauteuil 52», «Les Gaîté du téléphone», et plein d’autres…
Il fait aussi des imitations et des conférences : «Agro! Agro!» et «De l’influence des queues de poissons sur les ondulations de la Mer.» ( Qu’il enregistrera plus tard. )
Très actif dans le monde du spectacle, il participe à des revues au Moulin Rouge et ailleurs.
En 1908, Georges Monca fait appel à lui pour seconder Prince, l’acteur des Variétés, dans leurs premier film à tout deux, une production Pathé : «L’armoire Normande.» Prince continuera de tourner des films et deviendra Rigadin.
Fernand retourne ensuite au théâtre créer à Parisiana, l’année suivante «Volons-y!» Une revue de De Grosse et Nanteuil avec le mythique acteur Paul Ardot. Ils doivent bien s’entendre, car il vont ensuite être tout deux des vedettes attachées à l’Appolo, un établissement très à la mode.
C’est là qu’on viendra le chercher en 1913 pour être la vedette d’une nouvelle série cinématographique des Films-Parisien : Badigeon. Sa partenaire sera Tartinette, et c’est là, qu’on fera appel à Jeanne Bloch.
Ensemble, ils tourneront en 1913 et 1914, une série de films aux titres évocateur :
Le masque fatal, Tartinette sur le trône, Tartinette rêve aux exploits de Badigeon, Badigeon demande la main de Tartinette, Le Ménage Badigeon-Tartinette, Tartinette veux divorcer, La dernière Idylle de Tartinette.
Le cinéma vas bien évidement continuer de s’intéresser à elle, Jeanne joue encore dans «Je marie mon oncle,» une scène comique Eclectic-Films, pour Pathé en 1916. Ce sera, malheureusement son dernier film. «L’Hebdo-Film» du 21 octobre 1916 lui donnera l’énigmatique notation de A. B. et précisera :
«Je marie mon oncle» comique de 340 mètre, qui nous ressuscite cette pauvre Jeanne Bloch, est une suite de pitrerie sur un sujet pas des plus neufs. C’est suffisamment amusant pour terminer une première partie.
27 avril 1916 Blon-D’hin écrit dans «La Rampe» :
Léonce Paco a écrit pour les «Deux Masques» une Revue dont chaque scène est un chef-d’oeuvre du genre et où l’esprit pétille à chaque mot, la musique est arrangée de façon charmante par M. Georges Haakman.
Jeanne Bloch n’avait, depuis la guerre, paru sur aucune scène malgré les sollicitations nombreuses dont elle fut l’objet, elle céda pourtant aux instances de Mme Aimée Faure et vient de faire aux «Deux Masques» sa rentrée en public.
La rentré d’une artiste telle que Jeanne Bloch est toujours un événement, disons tout de suite que cette rentrée fut pour la sympathique artiste un triomphe ! et ce fut justice (comme on dit au Palais), Jeanne Bloch est toujours Jeanne Bloch, et c’est tout dire, dans «La Cumulation», dans «La Femme Cuisto», dans «Zabielle», dans chaque rôle enfin, elle a des attitudes, des intonations, des gestes qui lui appartiennent en propre, qui sont inimitables, qui vous font rire jusqu’aux larmes, d’un rire qui fait du bien et qui vous fait oublier toutes les misères de ce monde.
Delphin, dont le talent dépasse la taille est parfait dans tous ses rôles mais dans «Le Groom» et dans «Le Petit Riri» il est merveilleux, mettre Delphin aux côté de Jeanne Bloch, est une idée originale dont je félicite Mme Aimée Faure. …
M. Stiv-Hall met au service de tous ses rôles un talent de comédien parfait et de chanteur adroit, son «Pêcheur de Vaires», son «Propriétaire Malheureux», son «Allumeur Robinat», sont autant de créations de grand artiste, d’artiste de la bonne école.

Peu après, Jeanne Bloch meurt à Paris le 14 août 1916. Elle avait 57 ans, 50 ans de carrière, dont une quarantaine en haut de l’affiche.
Les Trétaux. Revue bi-mensuelle des théâtre:
Excellente camarade au coeur très charitable, elle ne laisse que des regret.
Le «Rire Rouge» rit jaune, sous la plume de Pic-me-up :
Ce qui, malheureusement, n’est pas hypothétique, c’est la mort de Jeanne Bloch…
en d’autres temps, pareille nouvelle eût occupé les journaux pendant un après midi au moins, car cette pauvre Jeanne Bloch tenait, dans l’actualité boulevardière, une certaine place…
Quel Parisien n’a ri ou tout au moins souri aux calembredaines de cette amusante fantaisiste ? Jeanne Bloch avait été, pendant de longues années, de toutes les revues de Montmartre, son physique – assez différent de celui de Morton – déridait le public dès la première scène, et comme Jeanne Bloch avait du talent, elle savait faire durer cette heureuse impression.
Et puis Jeanne Bloch inspirait – sinon les poètes – du moins les échotiers et les nouvellistes à la main…. Son embonpoint faisait partie des accessoires – si j’ose dire – de l’esprit bien parisien, tout comme la calvitie de Pierre Wolff, la taille de Polaire, la barbe de Tristan Bernard, etc, etc,…
Est-ce que tout ce bric à brac est assez «avant-guerre»?
Il nous apparaît aussi vieux jeu que le répertoire des chroniqueurs du second Empire… Une guerre, cela démolit bien des choses, mais ce que cela détruit toujours, c’est la forme de la «blague» d’une époque. Vous verrez qu’après cette tourmente, ce qui nous paraissait très drôle en 1913 aura extraordinairement vieilli. Les amuseurs vont devoir changer de grimaces, les amuseuses devront, elles, renouveler leur sourire…
«Cette pauvre femme a beaucoup souffert !… disait quelqu’un. En trois ans, elle a vieilli de six mois !»
Mais c’était des souffrances du temps de paix. Celles du temps de guerre comptent double.
ÉPILOGUE
En 1934, Stavisky défraie la chronique, et le magazine «Détective» du 11 janvier publie un article sur l’escroc mondain, qui vient de mourir, et pas n’importe comment, il s’est suicidé en se tirant deux balles dans la tête !
Le journal, habitué des fait divers sordide en fait un très long article illustré. Sous une photo de Jeanne on trouve la légende : L’aigrefin qui avait débuté en dépouillant Jeanne Bloch…

Dans l’article a proprement parler, on ne parle pas de Jeanne, mais on y raconte par le menu, la vie de Monsieur Alexandre :
«Il n’est guère reluisant, à cette époque. Il a trente ans déjà. Il n’a jamais été jusqu’ici qu’un petit escroc de quartier. Ses aventures sentimentales se bornent à des figurantes de cafés-concerts et à des femmes de chambre d’hôtel. Il ne sait pas encore s’habiller; il n’est pas soigné. Il a les cheveux longs dans le cou, une petite moustache sous le nez, le regard incertain. Si quelqu’un ne s’occupe pas de lui, et vite, il va finir patron de maison close en province.
Un jour, un quelconque tribunal correctionnel l’enverra à la relégation. Il est Levantin jusqu’au bout de ses ongles sales, sans ressort, sans caractère.
Là-dessus, il rencontra Fanny Bloch. Sous le nom de Jeanne Darcy, cette grosse fille avait eu un gros succès de chanteuse, avant la guerre. En 1917, elle avait maigri et chantait déjà moins. Elle fit la connaissance de Stavisky dans un dancing clandestin, et devint sa maîtresse. … Cette femme, qui a du linge de dentelles et des relations, … il persuade Fanny Bloch d’ouvrir un cabaret-dancing. C’est le «Cadet-Roussel» rue Caumartin. Jeanne Darcy y reçois en robe suggestive…
Deux semaines plus tard, «Détective» l’hebdomadaire à sensation publie un rectificatif dans son numéro 274 :
Il y a Jeanne Bloch… et Jeanne Bloch.
Nous avons reçu, de la famille de Jeanne Bloch, la première en date, une lettre rectificative, que nous nous faisons un plaisir d’insérer. Comme tous les journaux et périodiques, nous avions pensé que la maîtresse de Stravinsky était la grande fantaisiste Jeanne Bloch, qui triompha sur les scènes de music-hall aux environs de 1900.
Or, c’était à une autre Jeanne Bloch, dite Jeanne Darcy, que Stavisky soutira une petite fortune et des bijoux.
Nous publions les portraits de l’une et de l’autre pour qu’il n’y ait plus, dans l’esprit de nos lecteurs, aucune confusion possible.
Monsieur le Directeur,
Nous relevons à la page 7 de votre numéro spécial du 11 janvier, sous le titre : «Stavisky,,,», une photographie de Jeanne Bloch, avec cette légende: «L’aigrefin, qui avait débuté en dépouillant Jeanne Bloch, etc…»
Vous attentez ainsi à la réputation d’une femme irréprochable, et vous causez à sa mémoire un très grave préjudice.
Sa famille vous demande de rectifier cette erreur de la façon la plus nette et la plus catégorique.
Il est inadmissible que soit mêlée à cette affaire et aux aventures de cet homme l’actrice Jeanne Bloch, si connue des Parisiens, qu’elle a amusés pendant de longue année aux Folies-Dramatiques, à la Cigale, à la Scala, etc.
L’ancienne amie de Stravinsky n’est pas notre regrettée soeur et tante, laquelle est décédée le 14 août 1916, alors que l’autre personne connut Stavisky en 1917.
N’y aurait-il pas cette impossibilité chronologique, il y aurait quand même une énorme différence entre les deux personnes. Notre chère Jeanne Bloch a toujours mené la vie la plus simple et la plus irréprochable. Elle ne vivait que de son travail, ne demandant à personne ni aide, ni protections.
Loin des milieux que fréquentait Stavisky et son amie, elle ne quittait son travail que pour rentrer chez elle et y vivre la vie de famille, parmi les siens, qu’elle aimait et aidait de toute sa grande bonté,
La famille de Jeanne Bloch
2 mois plus tard, il y a un ultime rebondissement, à Hanoi, au Viêt Nam !
Un certain C.-L. Achard, est le directeur et principal journaliste de «Chantecler» un bi-hebdomadaire politique et satirique, destiné à la nombreuse communauté française de ce Viêt Nam alors colonisé. Il vas bien évidement faire lui aussi, un papier sur «L’affaire Stavisky» pour ce faire, il doit s’informer, et lire la presse étrangère, avec quelques retard, car il n’est manifestement pas au courant du rectificatif de la famille Bloch, et c’est tant mieux pour nous, car il vas nous offrir un dernier bon mot, que j’accepte comme argent comptant, et ne chipote absolument pas sur son authenticité, trop heureux, qu’il caresse amoureusement cette fantastique artiste qu’était Jeanne Bloch.
C.-L. Achard publie donc le 4 mars 1934, dans «Chanceler» :
Stavisky était bien connu dans les milieux de théâtre. On sait, en effet, qu’avant de commanditer l’Empire, où il apparaissait très peu souvent, il avait été successivement administrateur du Théâtre Martigny et fondateur-créateur, avec Jeanne Bloch, du Théâtre Cadet-Roussel, que fréquentèrent tous les jeunes auteurs aujourd’hui en vogue. La plupart avaient conservé avec Stavisky de bonne relation de camaraderie, malgré ses avatars, et Marcel Achard, comme Henri Jeanson, comme beaucoup d’autres camarades de leur génération, qui se retrouvent le soir au Bouquet’s, racontent sur le bel Alexandre de plaisante anecdotes, comme celle-ci, par exemple :
«Quand Alexandre Stavisky emprunta, sans le lui dire, à sa co-directrice, certains de ses bijoux pour les vendre ( ce qui motiva une plainte, plus tard retirée, de celle-ci ) Jeanne Bloch s’écria :
– Quel homme, il est vraiment terrible !
– Oui, dit quelqu’un, ironique, mais n’est-ce pas, il est si beau !
«Alors Jeanne Bloch, qui ne manquait pas d’esprit :
– Hier, je le trouvais beau, aujourd’hui, je le trouve «ravissant»… du verbe «ravir».
RÉPILOGUE:
Le 16 octobre 1937.Les spectateurs adultes du cirque Medrano croient voir un fantôme!
Ils ne tardent pas à reconnaître le gros Pauley, qui pour une imitation, s’est fait la tête de Jeanne.
Même morte depuis plus de 20 ans, Jeanne Bloch faisait encore rire !
– Qui dit mieux ?
Sébastien Riond 2021
REF.
Demi Cabots. 1896 Ibels, Montorgueil, Lefèvre et d’Esparbès.
Elle est toute nue ! La vérité sur la vie des coulisses. 1929 Eloi Ouvrard.
30 ans de Café-Concert.* 1931 Paulus et Pradel
Mon Dimanche, revue populaire illustrée,*** 12 février 1905
Fantasio
Le Rire Rouge
Paris qui Chante. Revue hebdomadaire.
J’ai Vu. Revue hebdomadaire.
Détective. Revue hebdomadaire.
Petite Histoire des Cafés Concerts parisiens.** 1950 Romi Editeur Jean Chitry
Gros succés et petit fours 1967 Romi Edition SERG
Le Caf’Conc’ 1966 Jacques-Charles
Dictionnaire des acteurs du cinéma muet en France 2011 Jacques Richard