Bert-Angère

Mime, comédienne, chanteuse et danseuse.

Bert-Angère, Mime, comédienne, chanteuse et danseuse

Née au alentour de 1890, et venue d’on ne sait où, la jolie Bert-Angère débute sa carrière en 1907, comme figurante au Moulin Rouge .

1910. «Parigina. Illustrazione franco italiana» publie le 25 juillet une chronique théâtrale:

Moulin-Rouge

Une des scènes les plus applaudies du Moulin-Rouge est certainement la curieuse danse Passionnata enlevée par Mlle Bert-Angère ( et son excellent partenaire M. Strit ) avec une fougue, un pittoresque et une science chorégraphique extraordinaires.

Strit, chanteur et danseur, carte postale signée.

La charmante artiste y est applaudie chaque soir, chaleureusement. C’est pour elle un nouveau succès qui la grandit encore. Le Moulin-Rouge aura décidément porté bonheur à Mlle Bert-Angère. Elle y débuta il y a trois ans, dans de tout petit rôles, s’y fit remarquer tout de suite par une vive intelligence, et se vit confier ensuite des rôles plus considérables à mesure qu’elle jouait davantage. A Parisiana, dans les diverses revues données, ces derniers temps dans des fantaisies, elle fit apprécier une remarquable souplesse de talent.

Entre temps elle avait appris la danse avec Mlle Sandrini, dont elle semble vouloir devenir une des plus brillantes élèves, et elle est aujourd’hui non seulement une de nos plus charmantes danseuses, mais aussi une spirituelle comédienne dont la diction parfaite, le jeu sûr et précis donnent le plus séduisant relief au rôle de Clément Marot, dans le Revue «Tout en bleu».

Bert-Angère, projet d’affiche

Le 8 septembre 1910, un communiqué paraît dans «L’Aurore»:

La direction du Moulin-Rouge dément le bruit qui a couru hier et d’après lequel la préfecture de police aurait interdit le tableau réaliste: «Une nuit de Montmartre». L’amusante scène tragico-comique reste bien au programme avec la revue «Tout en Bleu». Elle contient, il est vrai, un déshabillé des plus… suggestifs, mais qui ne peut choquer personne,-bien au contraire!- Le nu n’est-il pas la note d’art la plus exquise quand il est présenté comme le présente la charmante Bert-Angère… Demandez plutôt à tous ceux, et ils sont nombreux, qui retiennent chaque soir leur fauteuil dans les premiers rangs!

1911. Le 30 mars dans «L’Europe financière»:

Le Moulin-Rouge donnera ce soir la première représentation d’un tableau nouveau de la revue «C’est excitant!» qui obtiendra certainement un triomphe sans exemple dans les annales de ce music-hall qui compte pourtant de légendaires succès comme la valse chaloupée.

La scène du «Bar américain» que jouent, chantent et dansent la délicieuse Bert-Angère et l’irrésistible Norman French, c’est le triomphe de la fantaisie et de la virtuosité chorégraphique, de la verve comique, de l’humour cocasse, flegmatique et turbulent, capricieux et mesuré!

Bert-Angère et Norman French sont incomparable de brio, de grâce, de force dans la partie acrobatique de ce sensationnel numéro, sont irrésistibles de fantaisie dans le dialogue et chantent avec infiniment d’adresse et de goût.

1911. «Le Pays» du 20 avril:

Moulin-Rouge. L’amusante opérette «Modern-School» continue de remporter un succès énorme, Morton s’y montre inouï de fantaisie, Norman-French et Bert-Angère sont ovationnés dans «Thé Yankiana Rag», danse nouvelle qui va faire fureur.

1911. Le 8 juin Quinel a écrit dans le sourire:

Et voici au Moulin-Rouge, Bert-Angère nue ou presque, qui danse parmi tout une troupe gamine de toute jeune filles aux jambes longues et élégantes.

1914. En février, Bert-Angère est aux Folies-Bergères, elle joue avec Raimu dans la «Revue de l’Amour».

En mars, Bert-Angère est à Ba-Ta-Clan pour «Cachez ça!»

Le 4 avril 1914, Lucien Chardon écrit dans «L’Action française» :

A l’Olympia :

Ce soir, gala au Palais de la danse. Débuts sensationnels de Mlle Bert-Angère avec M. Magnard. M. Jacques-Charles a engagé Mlle Bert-Angère qu’on a surnommée la nouvelle Mistinguett et Magnard le roi des Compères. Ils donnent toute une série de représentations dans la jolie salle du boulevard des Capucines. On pourra les applaudir chaque jour au thé dansant et aux soupers.

Mai 1914. Bert-Angère reste à l’Olympia pour «La Revue de Femmes». Elle y côtoie Dorville, Albens, Nina Myral, Delysia et le mythique Billie Reeves ( Créateur chez Fred Karno du sketch de l’alcolo, il se fera remplacer par un petit jeune, un certain Charlie Chaplin ).

Billie Reeves dans sa loge des Folies-Bergères en 1922

Le 2 mai, «L’Homme libre: journal quotidien du matin»:

Nous avons déjà dit combien l’interprétation de la prochaine revue de l’Olympia sera brillante…

Un tableau surtout fera sensation par sa voluptueuse originalité et son art complexe et subtil. Ce tableau intitulé «Aphrodisia», promet de faire oublier les splendeurs pourtant fameuses du Kama-Soutra. On y applaudira encore la plastique merveilleuse de Mlle Alice Delysia et les danses lascives et prenantes de Bert-Angère. Quand au final, mais chut!… il faut laisser quelques surprises aux gens heureux qui viendront applaudir les merveilles de la «Revue des femmes!»

Alice Delysia quelques années plus tard fera une étincelante carrière internationale

«Le Frou-Frou» du 10 mai 1914:

A l’Olympia.

La «Revue des femmes» est un triomphe. Ses trente tableaux éclipsent tout ce qui a été fait au point de vue des merveilles de la mise en scène:clous comiques, orgies voluptueuses, défilés impeccables, apothéose suggestives, troupes de premier ordre,…

Tout semble réuni pour faire de la «Revue des Femmes» un spectacle incomparable. On ne parle déjà que de ses tableaux vivants exquis et de cette œuvre parfaite:«Aphrodisia». Enfin, «la Passerelle d’amour», jetée sur les fauteuils d’orchestre, sur laquelle défilent, en des costumes aussi somptueux que légers, deux cents jolies femmes, fera courir tout Paris au plus brillant de nos music-halls.

Santillane écrit le 18 mai 1914 dans le «Gil Blas»:

Dans la «Revues des Femmes», de MM. Quinel et Moreau, Mlle Bert-Angère est chaque soir très applaudie dans différentes scènes et particulièrement dans le final du premier acte, la charmante artiste y fait preuve d’une audace remarquable.

Après un rag-time échevelé, Mlle Bert-Angère se laisse rouler du haut d’un escalier de trente-cinq marches. Après trois secondes d’intense émotion, le public applaudit avec enthousiasme l’intrépide étoile.

Projet d’affiche pour Bert-Angère, mime et danseuse

1914. Bert-Angère à le vent en poupe, le 24 juin, «Le Bonnet rouge» lui consacre un portraits:

Il est certain que l’art de Mlle Bert-Angère est unique au music-hall, où la danse est déjà comme la fleur chaste de ce parterre aux arôme violents. Fards et lumières, et puis l’éclosion de la danse ! Voici, du fond noir des coulisses – redoutable repaire – venir la ballerine qui est toute lumière et tout parfum. A Ba-Ta-Clan, au Moulin.Rouge, à l’Olympia, où l’art du music-hall draîne après lui tout le désir, comme une femme, Mlle Bert-Angère, en entrant sur la scène, n’y apparaissait pas seulement comme une femme, mais, risquons cette métaphore, comme une opposition. Peut-être même était-ce à cause de la détente, du repos qu’elle apportait à l’exaspération, savamment amenée au paroxysme, des spectateurs, que ceux-ci l’aimaient davantage.

Au music-hall anglais, il y a ainsi des ballerines qui semblent jouer sur le plateau quelque brillante parade d’aspect un peu militaire. A Paris, sur les music-halls les plus fameux, Mlle Bert-Angère apporta cette souple et tranquille précision dans les mouvements qui rendrait le danseur semblable à un extraordinaire automate, si on ne pouvait suivre sur sa figure le rayonnement de sa vie intérieure. Et, justement, Mlle Bert-Angère est un mime extraordinaire.

On va nous l’enlever, dit-on. Il est question, en effet, qu’elle parte d’ici peu pour la Russie. Mais elle reviendra, car la danse, au fond, n’est qu’un éternel virement, l’exaltation enivrée de la vie. Et les danseurs russes eux-mêmes ne viennent-ils pas respirer, au moins une fois par an, l’atmosphère amoureuse de Paris ?

1916. Bert-Angère se produit à «la Cigale» en mars, et passe l’été aux «Ambassadeurs».

Elle partage l’affiche avec Dutard pour «Non! Mais sans blague!», une revue d’Eugène Héros et G. Arnould.

Bert-Angère dans le journal « Le régiment » le 5 avril 1917 ( source Gallica )

1917. En été, Bert-Angère est l’une des vedettes du «Casino de Paris» avec la revue «Ohé! Les belles». En fin d’année, elle passe aux «Folies Bergères» pour «La Grande Revue féerique».

Bert-Angère tel qu’elle apparait dans le programme de « La Revue Féerique » aux Folies-Bergères en 1917 ( source Gallica )

Henry Dargès écrit dans «La Rampe» du 29 novembre 1917:

Bert-Angère nous apparaît sous des aspects divers. Elle joue avec une juste expression dramatique le mélo japonais, elle montre de la fantaisie dans la scène de «La Duchesse et l’Écossaise» avec le joyeux Cariel. Enfin, haut panachée, elle fait une entrée dans la salle, interpellant et tarabustant le public à la manière de Mistinguett. C’est là une scène dont on abuse trop depuis le succès de celle-ci. Bert-Angère nous y démontre qu’il est téméraire de chercher à pasticher la fantaisie inimitable de Mistinguett.

Le 13 septembre 1917. Un critique du «Strapontin» s’intéresse à «La Revue de Martini» joué «A la Pie qui Chante». Il écrit quelques mots qui semble sonner le glas de l’artiste :

Mme Bert-Angère, intéressante artiste, mais affligée d’une voix peu agréable…

On ne l’entendra plus, elle semble disparaitre… Je n’ai pas trouvé d’autre traçe d’elle. Si ce n’est ce lot de dessins couleur qui illustrent cette article.

Derniers vestiges de ces beaux jours, aujoud’hui disparu.